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2011, un ramadan sous le signe de la révolution

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Libye : recueillement et joie pour l’Aïd el-Fitr à Tripoli

L’ancienne place Verte de la capitale libyenne a rarement réuni une telle foule. Les Tripolitains sont venus en masse célébrer mercredi la fête musulmane de l’Aïd el-Fitr et leur nouvelle vie sans Kadhafi, sur le lieu qui mobilisait auparavant les loyalistes de l’ex-homme fort libyen.

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Mis à jour le 31 août 2011 à 15:50

Des milliers de Libyens rassemblés place des Martyrs pour célébrer l’Aïd el-Fitr, le 31 août. © AFP

Ils étaient des dizaines de milliers, hommes, femmes et enfants vêtus de nouveaux habits, détendus et souriants, qui se sont rassemblés sur le square rebaptisé place des Martyrs, entre Sérail rouge, forteresse datant de l’époque ottomane, immeubles de style italien et Méditerranée.

La muraille du Sérail rouge a servi de tribune à Mouammar Kadhafi pour haranguer ses partisans au début du soulèvement qui, six mois après, a fini par l’emporter.

"Regardez cette foule, elle est mille fois plus nombreuse que celle des exaltés que Kadhafi réunissait devant les caméras des télévisions du monde pour dire que tous les Libyens étaient avec lui", relève Ahmed al-Houni, un homme d’affaires de 31 ans.

"C’est la plus belle fête de ma vie", déclare Adel Masmoudi, 42 ans, l’âge de l’ère de Kadhafi, venu avec son fils et ses soeurs, Mabrouka et Nouha.

Un dispositif de sécurité a été déployé autour de la place. Outre les hommes en armes qui filtrent la foule, des guetteurs ont été postés sur les toits.

Avant la prière, la foule se lève comme un seul homme et fait le V de la victoire, en répétant Allah Akbar (Dieu est grand) et en s’énivrant de slogans à la gloire des "martyrs et de la révolution".

Rejet de la mainmise occidentale

Lorsque l’imam commence à psalmodier le Coran au début de la prière, il a la voix étranglée d’émotion et s’y reprend à plusieurs fois. Dans la foule, beaucoup pleurent en silence.

Le prêche qui suit compare l’entrée des rebelles dans Tripoli et la déroute des fidèles de Kadhafi à la conquête de La Mecque, premier lieu saint de l’islam, par le prophète Mahomet. Il enchaîne sur des appels à l’unité des Libyens et finit par le rejet de toute mainmise occidentale sur le pays.

"Merci à l’Otan d’avoir aidé mais nous sommes un pays musulman qui n’a besoin de la protection de personne. On n’a besoin ni de troupes islamiques ni de troupes étrangères", souligne le religieux dont personne ne connaît l’identité et qui se félicite du départ du "tyran Kadhafi", dont le nom est conspué à chaque fois qu’il est prononcé.

L’imam rend aussi hommage à la "résistance des Tripolitains qui ont supporté jusqu’au bout les agents de Kadhafi".

"Le plus dur est passé. Nous les Tripolitains, on a vécu six mois de terreur psychologique exercée par les agents de Kadhafi", se satisfait Mohammed Farhat, un fonctionnaire de 34 ans.

Il dit espérer pour son fils de quatre ans qui l’accompagne "une vie meilleure" que la sienne, en se disant optimiste malgré les premières difficultés de la nouvelle Libye, confrontée à des poches de résistance de fidèles de l’ancien régime, aux pénuries de toutes sortes et aux incertitudes de l’avenir.

"Je respire un air de liberté inhabituel et c’est le plus important car il n’y a rien de plus précieux que la liberté", renchérit Adnane Chekab, un étudiant de 17 ans venu en famille participer à ce moment festif et rare dans la vie des Tripolitains.

Une fois la prière finie, les fidèles s’embrassent, se donnent des accolades en échangeant la formule habituelle de "Aïd Moubarak" (bonne fête). Certains distribuent des gâteaux et des dattes, d’autres se joignent à une marche improvisée sur le lieu même de la prière.

Les fidèles se dispersent ensuite dans le calme alors qu’aucun tir n’a retenti. Des cortèges de voitures, klaxons bloqués se forment sur les routes proches. Les Tripolitains on hâte d’aller célébrer la fête en famille.