Politique

Un groupe dissident d’Aqmi revendique le rapt de diplomates algériens au Mali

Un groupe dissident d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a revendiqué dimanche l’enlèvement du consul d’Algérie et de six membres de sa mission à Gao, dans le nord du Mali, région aux mains de rebelles et d’islamistes dont la pacification sera le premier défi à relever des autorités maliennes de transition.

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Mis à jour le 8 avril 2012 à 17:26

Le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) "déclare officiellement sa responsabilité dans l’enlèvement du consul algérien et six (membres) de son équipe à Gao", a affirmé le groupe dans un court message écrit transmis à l’AFP.

Les sept diplomates algériens ont été enlevés jeudi dans cette ville du nord-est du Mali prise récemment, comme toute le Nord, par la rébellion touareg et des groupes islamistes armés.

Le Mujao avait revendiqué en décembre 2011 le rapt fin octobre dans l’ouest de l’Algérie de deux Espagnols et une Italienne qui, selon un porte-parole du groupe, sont toujours retenus par ces jihadistes.

La situation chaotique au Mali, voisin de l’Algérie, constitue un "facteur de tension" pouvant engendrer des "implications majeures" dans la région du Sahel, a prévenu dimanche à Alger Kamel Rezzag Bara, conseiller du président algérien Abdelaziz Bouteflika.

La crise dans le nord du Mali a été précipitée par le putsch du 22 mars contre le président Amadou Toumani Touré (ATT), conduit par une junte qui doit céder le pouvoir au président de l’Assemblée nationale Dioncounda Traoré.

"Finaliser les choses"

Futur chef de l’Etat de transition, il poursuivait dimanche dans la capitale ses consultations avec la classe politique. Il était censé rencontrer le chef des putschistes, le capitaine Amadou Sanogo, mais ce rendez-vous pourrait être reporté, selon l’entourage de la junte.

A l’hôtel servant de quartier général à M. Traoré et au ministre burkinabè des Affaires étrangères Djibrill Bassolé, en charge de la médiation ouest-africaine, se succédaient dimanche des responsables politiques, de la junte et des diplomates, sous haute surveillance.

"Il y a beaucoup de va-et-vient entre ici, Kati (camp militaire et base des putschistes, près de Bamako) et là où est ATT (dont la localisation n’a pas été révélée, ndlr) pour finaliser les choses", a indiqué à l’AFP un proche de M. Traoré, assurant que "ça peut aller très vite".

Un accord-cadre conclu vendredi entre la junte et des représentants de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) prévoit le transfert du pouvoir aux civils et la désignation d’un président de la République et d’un Premier ministre de transition jusqu’à la tenue d’élections présidentielle et législatives.

L’accord stipule que le poste de chef de l’Etat intérimaire doit être occupé par le président de l’Assemblée nationale qui, avec son gouvernement, a théoriquement 40 jours maximum pour organiser des élections. Mais le texte prend acte de "l’impossibilité" de tenir ce délai vu les "circonstances exceptionnelles" et la crise au Nord, sans fixer une durée pour la transition.

Qui sera le chef du gouvernement de crise? De nombreux noms circulaient ces dernières heures, dont celui d’un Arabe du Nord, Zahby Ould Sidi Mohamed, fonctionnaire de l’ONU au Soudan. Etaient cités aussi plusieurs candidats à la présidentielle, mais certains recherchaient des profils beaucoup moins partisans.

Une solution "politique"

La Cédéao a décidé "la levée avec un effet immédiat de toutes les sanctions imposées au Mali", un embargo diplomatique, économique et financier qui menaçait d’asphyxier le pays. Les auteurs du coup d’Etat se voient offrir l’amnistie.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a appelé la junte "à mettre rapidement en oeuvre" l’accord, salué par l’Union africaine, l’Union européenne et l’ex-puissance coloniale française.

Réunis à Nouakchott, des ministres de la Mauritanie, de l’Algérie et du Niger – qui forment avec le Mali, absent, le groupe des pays "du champ" – ont réclamé dimanche "l’application immédiate et inconditionnelle" de l’accord et jugé que la rébellion du Nord est "largement noyautée par les groupes armés terroristes".

Alors que les putschistes accusaient ATT d’"incompétence" dans sa gestion de la situation dans le Nord, la moitié septentrionale est passée il y a une semaine sous le contrôle de rebelles touareg, d’islamistes armés et de divers groupes criminels.

Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, rébellion touareg) a proclamé vendredi l’indépendance du Nord, l’Azawad, une déclaration rejetée par toute la communauté internationale.

Sur le terrain, le MNLA ne semble en réalité plus maître du jeu, supplanté par les islamistes du mouvement Ansar Dine d’Iyad Ag Ghaly, figure des ex-rébellions touareg des années 1990, appuyé par Aqmi, dont trois principaux chefs ont été vus à Tombouctou avec lui. L’un d’eux, Mokhtar Belmokhtar, est arrivé dans la nuit de vendredi à samedi à Gao.

La Cédéao a brandi de nouveau ce week-end la menace d’un recours à la force pour mettre fin à la partition du Mali. Elle envisage d’y envoyer une force de 2.000 à 3.000 soldats, mais sa mission et ses moyens restent très flous pour le moment.

Dimanche à Nouakchott, l’Algérie a averti que pour elle "la solution ne peut être que politique", jugeant qu’"un effort militaire pourrait aggraver davantage une situation déjà fragile et bien complexe".