Politique

Le Roi Abdallah II de Jordanie en visite en Égypte

Le roi de Jordanie est arrivé samedi au Caire, pour la première visite d’un chef d’État étranger en Égypte depuis le renversement par l’armée du président islamiste Mohamed Morsi, dont les partisans restent mobilisés pour réclamer son retour au pouvoir.

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Mis à jour le 20 juillet 2013 à 19:02

Abdallah II a été accueilli à son arrivée par le Premier ministre de transition Hazem Beblawi. Il doit effectuer une "courte visite" selon l’agence officielle égyptienne Mena.

La Jordanie avait rapidement félicité les nouvelles autorités égyptiennes après la chute de M. Morsi, estimant que leur mise en place, après des manifestations de grande ampleur contre le président, répondait "à la volonté et au choix du peuple égyptien".

Les Frères musulmans jordaniens, proches du mouvement islamiste dont est issu M. Morsi, avaient en revanche dénoncé une "conspiration" américaine.

Cette visite survient dans un climat intérieur tendu en Egypte, où le pouvoir fait également face à des inquiétudes à l’étranger sur l’évolution du pays.

Elle survient également dans un contexte d’intenses efforts américains pour relancer les négociations israélo-palestiniennes, un dossier dans lequel Amman et Le Caire sont traditionnellement actifs.

Les principales visites au Caire depuis la chute de M. Morsi ont été celles du secrétaire d’Etat adjoint américain William Burns et de la réprésentante diplomatique de l’Union européenne Catherine Asthon. Les Emirats arabes unis ont également envoyé une délégation gouvernementale de haut niveau.

Les manifestations pro Morsi se poursuivent

Le ministre des Affaires étrangères du gouvernement transitoire, Nabil Fahmy, a quant à lui annoncé un "réexamen" de la décision du précédent pouvoir de rompre les relations avec Damas.

Sans se prononcer formellement ou non sur une reprise de ces relations, il a semblé prendre des distances avec la politique de M. Morsi dans ce dossier, en affirmant que le Caire n’appelait pas au "jihad" contre Bachar al-Assad en Syrie.

M. Fahmy a ajouté que la priorité de son action irait à "expliquer clairement et honnêtement" la situation qui prévaut en Egypte.

Les arrestations de nombreux dirigeants des Frères musulmans, la mise au secret de M. Morsi par l’armée, la mort de plus d’une centaine de personnes dans des violences depuis la chute de ce dernier et les incertitudes du calendrier politique à venir provoquent de nombreuses inquiétudes à l’étranger.

Des milliers de pro-Morsi étaient toujours présents samedi sur deux sites occupés depuis trois semaines au Caire: les abords de la mosquée Rabaa al-Adawiya au nord-est de la ville, et ceux de l’Université du Caire, plus proche du centre ville.

"La volonté du peuple contre la force militaire" proclamait une banderole déployée à Rabaa al-Adawiya, où les portraits de M. Morsi étaient omniprésents avec la mention "notre président" ou "président légitime".

L’ambiance était calme dans le village de tente installé sur place, de nombreux manifestant restant allongés sous des tentes en attendant par une chaleur torride le coucher du soleil, qui marque la rupture du jeûne durant le mois de ramadan. D’autres faisaient le tour du campement en scandant "islamique, islamique!", en référence au gouvernement qu’ils réclament.

Détérioration de la sécurité dans le Sinaï

Des manifestations pro-Morsi vendredi, ayant rassemblé des dizaines de milliers de personnes, ont été les plus importantes depuis la formation mardi du gouvernement intérimaire. Le président par intérim Adly Mansour ainsi que l’armée avaient mis en garde contre toute violence.

Les Frères musulmans dénient toute légitimité au nouveau pouvoir qu’ils accusent d’être issu d’un coup d’Etat militaire, et font valoir que M. Morsi a été démocratiquement élu. Ils ont à de multiples reprises affirmé vouloir maintenir un rapport de force avec la poursuite de manifestations de rue.

Aucun incident grave n’a été signalé dans la capitale vendredi, mais trois femmes ont été tuées et sept autres personnes blessées dans la soirée à Mansoura, dans le delta du Nil (nord), lors d’affrontements entre partisans de l’ancien président et opposants, a indiqué le ministère de la Santé. Les Frères musulmans affirment qu’elles étaient des sympathisantes islamistes.

Des rassemblements des adversaires de M. Morsi se sont également tenus vendredi soir, mais avec moins de monde et dans une ambiance festive, place Tahrir et aux abords du palais présidentiel.

Le pouvoir est également confronté à une nette détérioration de la sécurité dans la péninsule du Sinaï (est), où sont implantés des groupes islamistes radicaux. Depuis le 3 juillet, 13 policiers et deux soldats y ont été tués, ainsi que sept civils, selon un décompte de l’AFP. L’agence Mena a également indiqué jeudi que dix jihadistes avaient été tués en deux jours lors d’une opération de l’armée dans cette région.