Politique

Nigeria : affrontements à Abuja entre Boko Haram et l’armée, 8 morts

Le 20 septembre 2013 à Abuja. © AFP

Les forces nigérianes ont combattu vendredi des hommes qu'elles ont qualifiés de "rebelles islamistes", lors d'"affrontements armés", mais des témoins ainsi qu'une source à l'ambassade américaine ont évoqué une simple opération contre des squatters.

Les forces nigérianes ont combattu vendredi des hommes qu’elles ont qualifiés de "rebelles islamistes", lors d’"affrontements armés", mais des témoins ainsi qu’une source à l’ambassade américaine ont évoqué une simple opération contre des squatters. Selon les services de renseignement nigérians, des combattants de Boko Haram auraient ouvert le feu dans la capitale sur des membres des forces de l’ordre qui recherchaient une cache d’armes dans un immeuble en construction.

Si les circonstances de cet incident étaient confirmées, il s’agirait de la première attaque de Boko Haram depuis plusieurs mois dans la capitale fédérale, les islamistes concentrant habituellement leurs meurtrières opérations armées dans le nord-est musulman du pays. Néanmoins, un message de sécurité émanant de l’ambassade américaine à propos de ce qui semble être le même incident suggère que les personnes impliquées dans cet incident sont en réalité des squatters.

L’ambassade met en garde, dans ce message, "contre le potentiel de troubles civils dans et autour de la zone d’Area, dans le district de Wumba, à Abuja, cette nuit et pendant la durée du weekend".

Caches d’armes islamistes

Le message ajoute qu’"un violent incident dans les premières heures du 20 septembre, impliquant des squatters, pourrait être le déclencheur de tels troubles". Une porte-parole de l’ambassade américaine a refusé de commenter davantage cet incident et la porte-parole des services secrets nigérians, Marilyn Ogar, n’a pas répondu aux appels téléphoniques.

Plusieurs témoins blessés dans l’échange de coups de feu ont déclaré à l’AFP que huit personnes avaient été tuées, décrivant les victimes comme des squatters non armés. Un homme qui a affirmé être dans l’immeuble au moment de l’incident, et dont l’AFP ne révèle pas le nom pour le protéger a raconté que le propriétaire était venu les voir mercredi et qu’il leur avait dit qu’ils avaient une semaine pour partir.

Cet homme a déclaré que plusieurs dizaines de personnes vivaient dans cet immeuble, qu’elles n’étaient pas armées ni membres de Boko Haram.
"Ils nous ont donné une semaine pour partir, mais deux jours plus tard, ils sont revenus quand on dormait", a raconté cet homme sur son lit d’hôpital où il est soigné pour ce qui semble être des blessures par balles aux jambes.

Auparavant, la porte-parole des services de renseignement nigérians Marilyn Ogar avait indiqué dans un communiqué que les forces de sécurité, agissant sur des renseignements fournis par des hommes de Boko Haram en détention, s’étaient rendues dans la nuit de jeudi à vendredi à Abuja derrière la résidence des parlementaires fédéraux, dans le quartier d’Apo, où était censée se trouver une cache d’armes.

Peu après minuit, selon la même source, les membres des forces de l’ordre ont commencé à "creuser à la recherche des armes" dans le sol d’un bâtiment de deux étages en construction. C’est à ce moment là que les policiers ont "été pris sous des tirs nourris (…) provenant d’éléments de Boko Haram présents dans la zone, ce qui a entraîné une réponse immédiate des forces de sécurité", selon la porte-parole.

Canons anti-aériens

"Plusieurs personnes ont été blessées et 12 autres ont été arrêtées en relation avec cet incident", a précisé Mme Ogar. De son côté, la porte-parole de la police, Hyelhira Altine Daniel, a déclaré à l’AFP que "des morts ont été signalés" suite à cet incident, sans toutefois donner de bilan précis.

Boko Haram, qui revendique la création d’un Etat islamique dans le Nord -majoritairement musulman- a déjà mené des attentats dans la capitale nigériane, située dans le centre du pays, notamment au siège des Nations unies, dans les bâtiments d’un grand quotidien national et dans un centre commercial.

Abuja a été placée sous haute surveillance depuis l’attentat contre le siège de l’ONU qui avait fait 25 morts en 2011: des postes de contrôle ont notamment été installés devant tous les bâtiments gouvernementaux.

Le Nigeria a lancé en mai une offensive militaire dans le nord-est du pays, vaste région placée sous état d’urgence, dans l’espoir de mettre fin à l’insurection islamiste. L’armée soutient que cette offensive a affaibli le groupe Boko Haram, dont le nom en langue Haousa signifie "l’éducation occidentale est un pêché". Le nombre d’attaques commises par le groupe islamiste notamment contre des églises ou des bars, a diminué dans un premier temps, mais les violences n’ont pas cessé pour autant et semblent à nouveau s’intensifier.

Des attaques particulièrement violentes ont notamment eu lieu contre trois écoles, faisant plusieurs dizaines de morts. Mardi soir, au moins 87 personnes ont été tués à Benisheik, une ville reculée de l’Etat de Borno, où des insurgés lourdement armés ont débarqué déguisés en soldats, dans un convoi de camion. Les assaillants ont installé des barrages et ils ont ouvert le feu sur de nombreux automobilistes et des piétons qui tentaient de les franchir, laissant plusieurs cadavres jonchant les trottoirs et des dizaines de maisons brûlées.

Selon Saidu Yakubu, de l’agence de protection de l’environnement dans l’Etat de Borno, 87 corps ont été retrouvés, mais le bilan pourrait encore s’alourdir. Selon une source sécuritaire à Beinisheik, les assaillants islamistes étaient munis de "canons anti-aériens".

Ces détails concordent avec d’autres témoignages selon lesquels Boko Haram est de mieux en mieux équipé depuis quelques mois. Pour le porte-parole de l’armée, Ibrahim Attahiru, contacté vendredi par l’AFP, la police à Benisheik "a été dépassée par cette attaque". Mais il a refusé de commenter des témoignages selon lesquels l’armée, à cours de munitions, aurait dû battre en retraite.

Les attaques menées par Boko Haram et leur répression souvent brutale ont fait au moins 3.600 morts depuis 2009, selon Human Rights Watch.
Mais ce bilan a sans doute déjà grimpé depuis la dernière estimation de l’ONG, au vu des nombreuses attaques de ces dernières semaines.
 

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