Politique

Égypte : 21 jeunes manifestantes pro-Morsi remises en liberté en appel

Vingt-et-une jeunes filles, dont sept mineures, condamnées en première instance à de lourdes peines de prison pour avoir participé à une manifestation de soutien au président islamiste Mohamed Morsi destitué par l’armée, ont été remises en liberté en appel samedi.

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Mis à jour le 7 décembre 2013 à 16:27

Des jeunes filles, membres des Frères musulmans, le 7 décembre 2013 au Caire. © AFP

Leur condamnation en première instance le 27 novembre, à 11 ans de prison pour les adultes et à la détention jusqu’à leur majorité en centre pénitentiaire pour mineures pour les autres, avait déclenché un tollé chez les défenseurs des droits de l’Homme en Égypte et dans le monde. Les 14 adultes ont vu samedi leur peine réduite à une année de prison avec sursis par la cour d’appel d’Alexandrie (nord), tandis que les sept mineures ont été placées en liberté surveillée pour trois mois.

Des soutiens des jeunes femmes ont accueilli le jugement aux cris de "Dieu est grand" dans la salle d’audience. Samedi matin, les adultes, la tête recouverte de leurs habituels hijabs blancs, étaient entrées menottées dans la cage grillagée du box des accusés, une rose à la main et le mot "Liberté" écrit au feutre sur leur paume, a rapporté une journaliste de l’AFP.

Les 21 jeunes Égyptiennes avaient été condamnées notamment pour "violences" après avoir été arrêtées à Alexandrie le 31 octobre, jour où elles avaient participé à une manifestation pro-Morsi qui avait dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre. "Même à l’époque de Moubarak, il y avait une certaine morale" devant la justice, "les femmes et les jeunes filles constituaient une ligne rouge et n’étaient pas jugées", a lancé à l’audience leur avocat Ahmed al-Hamrawy, en faisant référence à Hosni Moubarak, qui a régné durant trois décennies sur l’Égypte, avant d’être renversé par une révolte populaire début 2011.

M. al-Hamrawy a ensuite déclaré à l’AFP que "la décision (de samedi) était satisfaisante jusqu’à un certain degré", mais qu’il ferait appel pour obtenir la relaxe des jeunes femmes.

"Aucune preuve"

Heba Morayef, responsable de l’ONG Human Rights Watch en Égypte, a de son côté estimé que les jeunes femmes n’auraient jamais dû être condamnées. "Ils n’avaient aucune preuve que les femmes aient commis des violences", a-t-elle dit. Depuis le box des accusés, Aya Adel, une étudiante, a affirmé à l’AFP lors d’une suspension: "Nous avons le droit de manifester, c’est un droit constitutionnel". "Nous sommes des prisonnières politiques", a-t-elle martelé.

Le 27 novembre, les images de ces jeunes filles toutes voilées de blanc, menottées et sagement assises derrière les barreaux d’une cage du tribunal, avaient choqué jusque dans les rangs des partisans du nouveau gouvernement dirigé de facto par l’armée, soutenu habituellement par une large majorité de la population et des médias égyptiens.

Le bureau du procureur général a accusé les jeunes femmes de s’être battues avec des couteaux et d’avoir jeté des cailloux lors des heurts du 31 octobre. Dans la même affaire, six hommes ont été condamnés par contumace à 15 ans de prison pour avoir incité les femmes à bloquer les artères principales d’Alexandrie durant les affrontements.

Samedi, les forces de l’ordre avaient déployé un important dispositif autour de la cour d’appel, devant laquelle une centaine de personnes réclamaient la "fin du régime militaire". Mohamed Morsi, seul président élu démocratiquement en Égypte, a été arrêté et destitué le 3 juillet par l’armée, qui s’est appuyée pour ce faire sur les manifestations le 30 juin de millions d’opposants reprochant notamment à M. Morsi de monopoliser le pouvoir et vouloir islamiser la société égyptienne.

Le gouvernement nommé par l’armée réprime les pro-Morsi dans le sang depuis mi-août. Plus d’un millier de manifestants islamistes ont été tués en près de quatre mois et plus de 2 000 membres des Frères musulmans arrêtés. La quasi-totalité des cadres de la confrérie comparaissent, à l’instar de M. Morsi, devant divers tribunaux, accusés notamment d’"incitation au meurtre" de manifestants du temps où ils étaient au pouvoir.

Des procès qualifiés de "politiques" par les pro-Morsi et dénoncés par les organisations internationales de défense des droits de l’Homme. Les appels quotidiens à manifester pour le retour de M. Morsi ne rassemblent désormais plus guère mais les forces de sécurité continuent à arrêter des sympathisants du président déchu.

(AFP)