Politique

Centrafrique : nouveaux incidents et manifestation pro-Séléka à Bangui

| Par AFP
Une famille quitte un hôpital de Bangui avec un jeune garçon blessé à la jambe, le 21 décembre

Une famille quitte un hôpital de Bangui avec un jeune garçon blessé à la jambe, le 21 décembre © AFP

De nouveaux incidents ont éclaté dimanche matin dans un quartier nord de Bangui au cours d’une opération de désarmement par les soldats français d’un groupe de l’ex-rébellion Séléka, témoignant de la très vive tension qui prévaut toujours dans la capitale centrafricaine.

Après une nuit ponctuée de tirs dans plusieurs quartiers, les soldats français, appuyés par des éléments de la force africaine (Misca) ont mené à l’aube une opération de désarmement dans le quartier de Yangato, proche de l’aéroport.

Cette opération visait en particulier un groupe d’ex-Séléka (coalition de groupes armés musulmans au pouvoir depuis mars 2013) implanté sur place dans la partie musulmane du quartier, qui se revendique du pouvoir mais refuse d’être désarmé et cantonné.

Selon des résidents musulmans, un accrochage a opposé soldats français et ex-Séléka, tuant trois combattants de l’ex-rébellion et en blessant plusieurs autres. L’incident n’a pas été confirmé de source indépendante ou militaire française.

Des dizaines de manifestants musulmans pro-Séléka ont alors bloqué avec des pierres et des pneus l’avenue des Martyrs pour protester contre la présence des Français, ont constaté des photographes de l’AFP.

Ils ont dénoncé le désarmement en cours dans la capitale qui, selon eux, laisse les musulmans à la merci de la vindicte populaire et des milices chrétiennes d’auto-défense "anti-balaka".

"Nous ne voulons pas la France"

"Nous ne voulons pas la France! Nous ne voulons pas l’opération Sangaris! La France est venue pour déstabiliser notre pays", criait l’un des protestataires à l’adresse des journalistes présents.

Des policiers congolais de la Misca ont un moment tiré en l’air et fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants, toujours selon des témoins. La situation était tendue dans le secteur, survolé à intervalles réguliers par un hélicoptère français.

Ailleurs dans la ville, la situation était apparemment calme, avec une activité plutôt au ralenti en ce jour de repos hebdomadaire. Quelques taxis assuraient le transport des fidèles à la messe dans les paroisses et les temples, avec une circulation automobile limitée. L’armée française et les forces de la Misca poursuivaient leurs patrouilles dans les rues.

Samedi soir, des détonations et des échanges de tirs avaient résonné pendant près d’une heure en provenance des quartiers PK12 et PK5, dans le nord de la ville. Les tirs avaient cessé avec le survol d’un hélicoptère français.

L’origine de ces incidents reste floue. Selon des habitants, le domicile d’un colonel des ex-Séléka dans le quartier Galabadja aurait été attaqué par des habitants ou des anti-balakas. Des éléments de l’ex-rébellion, vêtus d’uniformes de la gendarmerie et de la police, seraient ensuite venus se venger, ouvrant le feu et provoquant la fuite d’une partie de la population dans des paroisses voisines.

Près d’un millier de personnes ont été tuées depuis le 5 décembre à Bangui et en province dans des violences entre chrétiens et musulmans, selon Amnesty International. La plupart des victimes ont été tuées dans des représailles de la Séléka, mais également dans les attaques et atrocités des milices anti-balaka.

Ces violences ont précipité l’intervention militaire de la France, qui tente depuis lors de désarmer les belligérants et opère en appui à la Misca, forte de 3.700 militaires.

Situation volatile

Après un répit de quelques jours, les incidents ont repris depuis jeudi soir, éclatant de façon intermittente dans plusieurs quartiers où les tensions inter-communautaires restent vives.

La situation est extrêmement volatile dans la capitale centrafricaine, avec la psychose d’incursion de milices et groupes armés, une haine confessionnelle étouffante et d’innombrables rumeurs qui courent les quartiers, où beaucoup craignent un nouvel embrasement.

Avec 1.600 hommes dans tout le pays, dont un millier à Bangui, l’armée française a neutralisé en priorité les combattants de l’ex-Séléka, aujourd’hui pour la plupart désarmés et cantonnés. Ces ex-rebelles venus du nord de la RCA, parmi lesquels des mercenaires tchadiens et soudanais, ont fait régner la terreur pendant des mois dans Bangui où ils ont perpétré d’innombrables exactions sur la population très majoritairement chrétienne.

Privés de la protection de ces Séléka dans la rue, de nombreux musulmans sont furieux de l’action des soldats français, s’estimant laissés à la merci des atrocités des milices chrétiennes "anti-balaka".

Les militaires français, qui ne cessent de réaffirmer leur "impartialité", tentent désormais de désarmer les "anti-balaka" et d’essayer de contenir la soif de vengeance des habitants contre les ex-Séléka et les civils musulmans qui leur sont assimilés.

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