Politique

Tunisie : les motions de censure contre deux ministres retirées

Amel Karboul (g) et Ridha Sfar (d) arrivent à l'Assemblée constituante le 9 mai 2014 à Tunis.

Amel Karboul (g) et Ridha Sfar (d) arrivent à l'Assemblée constituante le 9 mai 2014 à Tunis. © AFP

Les motions de censure contre deux ministres tunisiens accusés de « normalisation » des relations avec Israël ont finalement été retirées vendredi soir, provoquant un tollé à l’Assemblée alors que l’affaire fait polémique depuis des semaines dans le pays.

Les documents déposés fin avril contre la ministre du Tourisme Amel Karboul et le ministre délégué à la Sécurité auprès du ministre de l’Intérieur, Ridha Sfar, affirment que ce dernier a autorisé par écrit l’entrée de touristes israéliens en Tunisie, et que Mme Karboul a accueilli un groupe venu de l’Etat hébreu.

Le vote était attendu dans la soirée mais "les deux motions de censure ont été retirées", a annoncé le président de l’Assemblée constituante, Mustapha Ben Jaafar.

"Ce n’était pas notre intention de porter atteinte aux personnes des ministres. Nous avons voulu dire que la normalisation avec Israël était une ligne rouge", a justifié le député centriste Iyed Dahmani, pourtant ardent défenseur des textes quelques heures auparavant.

L’élu de gauche Faycel Jadlaoui a de son côté expliqué cette décision par "les réponses des deux ministres" devant l’Assemblée et le fait qu’une quarantaine d’élus sur environ 80 signataires, dont des membres du parti islamiste Ennahda, avaient décidé de retirer leurs signatures. L’annonce a été accueillie par la surprise de certains députés et de vifs échanges.

Passeports israéliens

La ministre du Tourisme avait plus tôt démenti avoir reçu des touristes israéliens, en justifiant ses déclarations favorables à l’entrée de touristes de toutes nationalités par la nécessité de relancer le tourisme, un secteur-clé durement affecté depuis la révolution de janvier 2011.

M. Sfar a de son côté affirmé n’avoir fait que suivre les procédures en vigueur depuis des années. "Nous ne traitons pas avec des documents israéliens", a assuré le ministre, expliquant que les touristes venus de l’Etat hébreu entraient dans le pays avec des laissez-passer tunisiens, Tunis ne reconnaissant pas les passeports israéliens.

Il a également justifié sa note écrite autorisant l’entrée d’Israéliens par la nécessité de répondre à une "campagne internationale" accusant la Tunisie de "discrimination", après la décision d’un responsable du port de La Goulette (nord de Tunis) d’interdire à un groupe d’Israéliens en croisière de débarquer en mars.

La compagnie de croisières basée aux Etats-Unis avait à l’époque dénoncé "un acte discriminatoire" et annoncé qu’elle annulait toutes ses escales en Tunisie. Une autre compagnie, la Holland America Line, a indiqué dans un communiqué reçu vendredi par l’AFP avoir décidé d’annuler l’escale prévue samedi d’un de ses navires à La Goulette "en raison des problèmes actuels concernant les conditions d’obtention de visas pour certains de nos clients". "Nous continuons à travailler avec les autorités tunisiennes et espérons que les futures escales auront lieu comme prévu", a-t-elle toutefois ajouté.

Solidarité avec le peuple palestinien

Au nom de la solidarité avec le peuple palestinien, de nombreux Tunisiens rejettent toute action susceptible d’établir des relations "normales" avec l’Etat hébreu tant que les Palestiniens n’auront pas d’Etat.

Beaucoup rappellent aussi qu’Israël a bombardé en 1985 la localité tunisienne de Hammam-Chott, où se trouvait le QG de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), tuant 68 personnes, puis a assassiné le numéro deux de l’OLP, Abou Jihad, à Tunis en 1988.

Le Premier ministre Mehdi Jomaa a récemment qualifié la polémique de "faux débat" en appelant à éviter la controverse à l’approche du pèlerinage juif de la Ghriba (16-18 mai), du nom de la plus ancienne synagogue d’Afrique située à Djerba (sud).

"De l’avis des professionnels du tourisme (…), pour que la saison touristique réussisse, il faut que le rendez-vous de la Ghriba soit réussi", avait-il dit, ce à quoi des députés avaient rétorqué que son gouvernement ne pouvait "faire passer la normalisation au nom de l’économie".

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