Culture

Trois journaux condamnés pour « atteinte » à Kadhafi

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Mis à jour le 30 juin 2009 à 13:19

Trois journaux marocains ont été condamnés lundi pour atteinte « à la personne et à la dignité » du dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi. Le procès, qui a soulevé un tollé médiatique, est le premier de son genre au Maroc.

La presse marocaine, parue mardi, s’est soulevée contre la condamnation de trois de ses composantes à verser 300. 000 dirhams pour atteinte « à la personne et à la dignité » du dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi.

« C’est un précédent », « Kadhafi muselle la presse marocaine », « Kadhafi vaut 300 millions au Maroc »… Autant de titres qui reflètent la condamnation lundi des trois quotidiens arabophones indépendants « Al Massae » (le Soir), « Al Jarida Al Oula » (Journal premier) et « Al Ahdat Al Maghribiya » (Evénements marocains) pour « atteinte à la personne et à la dignité d’un chef d’Etat », selon la loi marocaine en vigueur.

Contre 11 millions de dollars réclamés par Tripoli, le tribunal de première instance de Casablanca n’a prononcé qu’une amende de 100. 000 dirhams chacun dans le cadre du procès intenté par l’Ambassade de Libye à Rabat et d’un million de dirhams chacun pour « atteinte à la personne et à la dignité d’un chef d’Etat ».

La requête de 24 avocats portant sur l’annulation de ce procès pour « vice de forme » a été rejetée.

« Précédent dangeureux »

La défense s’est fondée sur la qualité de Kadhafi en tant que « guide de la révolution » pour demander l’annulation du procès, puisque la partie plaignante « n’a pas le statut de chef d’Etat ».

Tripoli a réclamé 90 millions de dirhams suite à des articles jugés « irrévérencieux » à l’égard de Kadhafi, « doyen » des chefs d’Etats africains et arabes.

Le verdict était « dur, injuste et complaisant », écrit « Al Jareda Oula », un des quotidiens incriminés, citant juristes et politiciens.

Pour un autre journal mis en cause, « Al Ahdath Al Maghribiya », la condamnation est « un précédent dangereux » dans les annales de la justice marocaine puisqu’elle est de nature à « faire taire toute critique pour constructive qu’elle soit ».

Condamnation hors normes

Le quotidien « le Soir », version française d’ «Al Massae », a estimé que « la justice marocaine a eu la main lourde » en condamnant les trois journaux, ajoutant que l’amende « exorbitante n’a aucune commune mesure avec les verdicts prononcés jusqu’alors pour diffamation ».

Le procès, qui a soulevé un tollé médiatique, est le premier de son genre au Maroc, alors que le montant réclamé est qualifié de record dans les annales des délits de presse dans le Royaume chérifien.

Le syndicat de la presse marocaine avait organisé un sit-in devant le tribunal en charge du dossier pour dénoncer le processus de « musellement et de mise à mort » de la presse.