Société

Magal de Touba, un pèlerinage qui fait courir tout un pays

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Mis à jour le 13 février 2009 à 20:29

APA – Dakar (Sénégal) – La célébration annuelle, ce samedi, du Grand Magal (hommage en langue wolof) de Touba (200 km centre) ne dure pas plus d’un jour, mais l’événement polarise des milliers de personnes pendant au moins six jours, ce qui transforme la ville religieuse en métropole ayant un impact socio-économique considérable.

Ce grand pèlerinage marque le départ, en 1895, du fondateur de la confrérie mouride, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, en exil au Gabon où il resta sept ans. A l’approche de cet événement, tous les chemins mènent à Touba. Gouvernement, entreprises, commerce et même une bonne partie de la diaspora sénégalaise convergent vers la ville religieuse. Au début, chacun des disciples de Cheikh Ahmadou Bamba fêtait chez lui ce jour historique, soit en immolant un mouton ou en préparant des repas spéciaux. Mais le phénomène a commencé à prendre plus d’ampleur depuis que la communauté mouride a commencé à se réunir pour célébrer le Magal. Des sites Internet dédiés au mouridisme renseignent que c’est Mouhamadou Fadilou Mbacké, deuxième khalife de la confrérie (de 1945 à 1968), qui a initié la célébration du Grand Magal de Touba telle qu’il est connu aujourd’hui. Ces mêmes sources informent que ce fils de Bamba a demandé aux talibés (disciples) de se rendre chaque année, le 18 mois du mois musulman de Safar, à Touba pour célébrer ce jour au lieu de le faire d’une manière séparée. L’événement a ainsi pris de l’ampleur, amenant les talibés à rivaliser d’ardeur pour répondre aux vœux du khalife, le chef spirituel de la confrérie. Au fil des ans, le nombre de pèlerins devient de plus en plus difficile à gérer, nécessitant une attention particulière des autorités publiques. Le gouvernement, à travers ses démembrements (ministères et entreprises publiques), mobilise des moyens importants pour permettre que ce regroupement humain se déroule dans les conditions minimales d’hygiène et de sécurité. Pour cette année 2009, des travaux d’infrastructures ont été effectués en prélude du Magal pour faciliter la circulation des personnes et des biens. Le gouvernement est suivi dans cette cadence par les grandes entreprises d’électricité, de téléphonie, de transfert d’argent, d’agro-alimentaire, des banques, notamment. Ces dernières sont obligées de poursuivre la démarche de fidélisation destinée à leur clientèle en essayant de les accompagner et continuer à leur offrir un service de qualité. Cette bousculade des entreprises en période de Magal a donné une idée aux promoteurs locaux. Car en un temps record, les services se sont développés avec la prolifération de cybercafés, de même que l’installation de banques et structures de transfert d’argent. Un responsable de banque établie à Touba, rencontré lors de l’une des éditions passées, confiait que la semaine de l’événement est la période qui enregistre le plus de flux en matière de transfert d’argent. Selon lui, « c’est des sommes importantes que les ressortissants de la zone qui sont établis à l’extérieur envoient à leur famille pour les préparatifs de l’événement ». Il a expliqué qu’une partie de l’argent envoyé est généralement destinée au marabout et le reste devait servir à acheter des condiments et autres matériels pour l’accueil, l’hébergement et la restauration des parents et amis accueillis dans la maison pendant la période du Magal. L’événement draine ainsi une activité économique considérable, tant au niveau macro que micro. A l’image d’une usine de production d’eau traitée et conditionnée dans des sachets. L’un des gérants de ces entreprises indique que l’approche de l’événement nécessite un dispositif spécial pour faire face à l’accroissement des commandes. Il a confié que « le chiffre d’affaire est presque multiplié par quatre en période de Magal et le volume de travail doublé ». Le mythique marché Ocass de Touba voit le nombre de ses cantines et marchandises augmenter en flèche, étendant ses tentacules jusqu’aux alentours de la Grande moquée de Touba et proposant des marchandises dont les prix défient toute concurrence. Avec le Magal, l’activité économique de Dakar prend un répit en faveur de la ville religieuse qui accueille tous les marchands ambulants, surtout aux alentours du quartier Touba mosquée, rendez-vous de milliers de pèlerins qui font des emplettes après avoir visité le mausolée du fondateur du Mouridisme.