Religion

Touba, un poids politique incontournable au Sénégal

APA – Dakar (Sénégal) – La confrérie mouride, qui célèbre ce samedi la 114ème édition du Grand Magal de Touba (hommage en langue wolof), le grand pèlerinage commémorant chaque année le départ en exil au Gabon, en 1895, du fondateur de la confrérie mouride, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, où il resta sept ans, exerce une influence telle qu’elle est incontournable dans le jeu politique national.

Les hommes politiques (au pouvoir comme de l’opposition) ne se privent pas de courtiser les marabouts de la confrérie afin de bénéficier d’un soutien à travers un « ndigeul » (consigne) que les fidèles sont théoriquement tenus de respecter. Ainsi, le « ndigeul » du troisième khalife des mourides, Serigne Abdou Lahat Mbacké (1968 – 1989) pour Abdou Diouf avait basculé l’élection présidentielle de 1988. A la veille de l’élection présidentielle de 2007, une sortie du cinquième khalife, Serigne Saliou Mbacké (1990 – 2007), aurait fait pencher la balance en faveur du président sortant, Abdoulaye Wade. « J’ai demandé au président de la République d’attendre la fin de l’élection présidentielle pour poursuivre les travaux qu’il a entamés à Touba », avait déclaré-t-il, avant le scrutin. Cette déclaration de feu Serigne Saliou Mbacké, passée en boucle toute une journée à la télévision nationale (publique), aurait basculé l’électorat mouride en faveur d’Abdoulaye Wade. Les mourides avaient compris cette sortie de leur khalife général d’alors comme une consigne de vote en faveur du « talibé » (disciple) président. Et le camp de Abdoulaye Wade, n’avait pas craché sur cette opportunité pour en faire une propagande électorale devant inéluctablement porter ses fruits. Ce dernier épisode conforte le poids de Touba sur l’échiquier politique sénégalais. Par la force des choses, il est presque devenu un passage obligé pour accéder à la tête du pays ou pour s’y maintenir. Du premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, à Abdoulaye Wade, en passant par Abdou Diouf, Touba a toujours été un vivier, un pion essentiel du jeu politique national. C’est sous le khalifat du deuxième khalife, Serigne Fallou Mbacké (1945 – 1968) que la ville religieuse a commencé à s’impliquer véritablement dans la politique sénégalaise. De 1945 à 1968, Serigne Fallou a pesé de tout son poids pour porter Léopold Sédar Senghor au sommet. Le premier président du Sénégal (un catholique) contribuera beaucoup à la construction de la Grande Mosquée de Touba qui a été inaugurée en 1963. Abdou Lahat Mbacké, surnommé le « Bâtisseur », a poursuit l’œuvre de son grand-frère avec la construction de la bibliothèque. Son soutien à Abdou Diouf a également pesé sur l’élection présidentielle de 1988. « Celui qui ne vote pas pour Abdou Diouf a trahi Sérigne Touba », avait-il soutenu à l’époque. Les mourides, qui constituent la deuxième confrérie du pays, derrière les tidianes, ne se sont pas fait prier pour suivre le « ndiguel » du khalife, malgré quelques grincements de dents. Au grand damne, à l’époque, d’Abdoulaye Wade, qui est pourtant de la confrérie mouride. Cette discipline dont font preuve les disciples de cette confrérie par rapport aux consignes de leurs guides, combinée à son influence, ont fini par convaincre les hommes politiques sénégalais de l’importance de Touba. Certains dignitaires, membres de la famille du fondateur du mouridisme comme des Cheikh, profitent de ce jeu pour atteindre une certaine ascension sociale. Depuis l’avènement de l’alternance politique intervenue en mars 2000 au Sénégal, Touba a vu son influence accroître de manière considérable. Nouvellement élu, Abdoulaye Wade avait consacré sa première visite à Touba. Lors des grandes manifestations de la confrérie dont le Grand Magal, toute la classe politique (du pouvoir comme de l’opposition), ainsi que tout ce que le pays compte comme décideurs affluent à Touba, où pourtant toute activité politique est formellement interdite.

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