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Les prix du riz restent élevés malgré une récolte trois fois plus abondante

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Mis à jour le 15 décembre 2008 à 14:09

Bien que la récolte de riz 2008 soit trois fois plus abondante que celle de l’année précédente, les prix du riz local restent inabordables pour bon nombre des consommateurs.

D’après le ministère de l’Agriculture, de la pêche et des ressources en eau, la récolte de riz local se chiffre à 235 800 tonnes en 2008, contre seulement 69 000 tonnes en 2007. Cette forte augmentation s’explique en grande partie par les aides reçues du gouvernement ainsi que par une saison des pluies satisfaisante.

Pourtant, malgré une telle croissance de production, le prix du riz local, qui atteignait 0,62 dollar le kilogramme en novembre 2008, est toujours 30 pour cent supérieur à celui pratiqué en novembre 2007, et n’est pas suffisamment avantageux par rapport au prix du riz importé pour inciter les consommateurs des zones urbaines à privilégier la production locale.

« Selon moi, les cultivateurs de riz [locaux] en demandent trop », a expliqué Henry Ilboudou, habitant de Ouagadougou, la capitale du pays, et qui est récemment passé du riz local au riz importé. « Pourquoi devrais-je acheter du riz local s’il est aussi cher que le riz importé ? »

Selon les chiffres publiés par le Programme alimentaire mondial (PAM), le riz importé, vendu à 0,84 dollar, coûte environ 50 pour cent plus cher qu’en novembre 2007.

Le Burkina Faso, à l’instar de nombreux pays d’Afrique, a été le théâtre de violentes manifestations il y a quelques mois en raison des augmentations des prix des denrées alimentaires.

Un « prix fixe » proposé par le gouvernement

Face aux prix aussi élevés du riz importé, le ministère de l’Agriculture s’efforce d’inciter la population à consommer le riz local en rendant son prix plus compétitif. Bien qu’il soit actuellement meilleur marché que le riz importé, et de meilleure qualité, les populations urbaines du Burkina Faso préfèrent le riz importé d’Asie du Sud-Est. Ils en consomment quelque 450 000 tonnes par an, en partie parce qu’il est plus facile de se le procurer que le riz local, selon Maria Luigia Perenze, responsable du suivi au sein du PAM.

Mme Perenze a expliqué à IRIN que dans l’intervalle, les producteurs de riz locaux avaient tendance à vendre leur riz aux pays voisins et à consommer des céréales locales, du millet, du sorgho et du fonio.

En vue de stimuler la concurrence, le ministère de l’Agriculture a formulé au mois d’octobre une proposition visant à fixer un prix au kilogramme (0,22 dollar) pour l’ensemble de la production locale. La proposition fait actuellement l’objet de discussions ; aucune décision ne devrait être prise avant 2009.

Cette proposition marque le début d’une nouvelle ère d’interventionnisme de l’État, qui fait suite à la libéralisation des marchés du riz dans les années 1990, a affirmé Bassiaka Dao, président de la confédération des exploitants agricoles (CFP), l’union d’agriculteurs la plus importante du pays.

Le ministère de l’Agriculture a basé ce montant sur le calcul suivant : les agriculteurs dépensent 16 centimes pour produire un kilogramme de riz une fois qu’ils ont payé les engrais, la main d’œuvre, les transports et les pesticides. Il estime ainsi qu’un prix de 22 centimes leur permettrait de dégager une marge adéquate.

« Nous avons effectué tous ces calculs afin que le produit puisse parvenir au consommateur à un prix abordable », a indiqué aux journalistes Laurent Sedogo, ministre de l’Agriculture, lors d’une conférence de presse tenue en novembre.

Des agriculteurs peu impressionnés

Selon M. Dao, de la CFP, si les consommateurs pourraient accueillir avec satisfaction l’adoption du prix fixe suggéré par le gouvernement, les agriculteurs, quant à eux, sont peu impressionnés. Une telle chute de deux tiers du prix découragera les agriculteurs de cultiver du riz, a-t-il confié à IRIN.

« Du fait des prix élevés des engrais, de l’essence et des pesticides, les agriculteurs sont à tel point endettés à la fin de la saison de croissance qu’ils se doivent de maintenir les prix à un niveau élevé pour pouvoir joindre les deux bouts », a-t-il affirmé. « Le prix minimal doit être plus élevé pour qu’il fasse office de mesure incitative. »

Georges Kienou, président d’une association de producteurs de riz à Dédougou, située dans l’ouest du Burkina Faso, affirme que le gouvernement ne peut fixer le prix du riz que s’il l’achète à un prix acceptable pour les agriculteurs et subventionne ce prix pour vendre le riz aux consommateurs.

« Le gouvernement doit protéger notre production en imposant des taxes d’importation plus élevées sur le riz, en rachetant notre production et en la commercialisant aux consommateurs à des prix moins élevés », a-t-il déclaré à IRIN.

M. Sedogo est cependant catégorique ; il estime que la baisse des prix du riz local permettra précisément de protéger les agriculteurs locaux en créant un marché interne plus vaste pour leur produit. « Nous n’avons aucune raison de "gâter" les agriculteurs », a-t-il confié à IRIN. « Nous nous devons simplement d’être réalistes en prenant en considération le contexte international. »

Cette année, le ministère a injecté près de 13,8 millions de dollars pour subventionner l’achat de semences et d’engrais qui, conjugués à une saison des pluies longue et soutenue, ont contribué à l’obtention d’une récolte sans précédent, selon Robert Ouédraogo, directeur général de la production au sein du ministère de l’Agriculture.

M. Ouédraogo a affirmé que cette année, même les régions arides du nord du pays, telles que Ouahigouya, avaient produit du riz.

L’adoption d’une tarification plus concurrentielle est particulièrement importante, a-t-il ajouté, car le prix du riz importé devrait chuter au cours des mois à venir en raison des surplus de production en Thaïlande ; une prévision confirmée par Mme Perenze, de WFP.

« La seule façon de dynamiser le marché [des consommateurs de riz] local consiste à fixer un prix acceptable aussi bien pour les producteurs que pour les consommateurs », a conclu M. Sedogo.