Société

Côte d’Ivoire : signaux d’alarme à l’ouest

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Mis à jour le 13 janvier 2011 à 16:32

« Tout le monde s’accorde pour dire que la population ne doit pas devenir l’otage des problèmes politiques de la Côte d’Ivoire », a dit à Irin le Coordinateur humanitaire des Nations Unies Ndolamb Ngokwey, quand il est rentré à Abidjan après une mission de deux jours dans l’ouest, avec l’équipe humanitaire de l’ONU au pays.

L’objectif principal de la mission était d’évaluer les besoins de milliers d’Ivoiriens qui ont abandonné leur maison, suite aux tensions croissantes à l’ouest, en particulier autour de la ville de Duékoué, où se sont déroulés au début du mois de terribles affrontements intercommunautaires.

M. Ngokwey a dit qu’au moins 35 personnes avaient été tuées dans les confrontations entre les communautés Malinké et Guéré à Duékoué, où la Mission catholique locale accueille actuellement des milliers de déplacés. Selon M. Ngokwey, Duékoué semble apaisé pour l’instant, mais il faut éviter de céder à la complaisance. " Le conflit s’est certes calmé et on peut parler de paix relative. Je n’ai pas entendu de coups de feu pendant que j’étais là-bas. Mais on sent véritablement les tensions. La situation reste volatile. " M. Ngokwey a fait remarquer que les violences récentes, qui auraient été déclenchées par la mort d’une commerçante lors d’un braquage, avaient des racines profondes et que les tensions locales étaient exacerbées par l’impasse politique en Côte d’Ivoire. Les besoins humanitaires à Duékoué sont importants, a t-il dit. " Les gens ont besoin de nourriture. Ils ont besoin d’eau et d’assainissement. Ils ont besoins de soins médicaux. Tout récemment encore, on comptait à l’ouest quelque 4 000 personnes ayant besoin d’assistance, et soudainement, le chiffre a explosé pour atteindre 16 000. "

L’ouest demeure divisé. Guiglo et Duékoué, importants centres urbains, longtemps considérés comme des bastions essentiels pour Laurent Gbagbo, sont encore sous le contrôle d’une administration qui reconnaît l’autorité de M. Gbagbo. Man et Danané sont en territoire contrôlé par les Forces Nouvelles pro-Ouattara. Mais, a insisté M. Ngokwey, malgré les difficultés du contexte politique, les autorités des deux côtés, au niveau national et régional, ont compris les priorités humanitaires et ont été d’un grand secours, en essayant de faciliter l’accès. Il a noté que la route entre Duékoué et Man était ouverte.

La façon de voir les choses a changé

M. Ngokwey a reconnu que la crise postélectorale avait entraîné un sérieux changement pour la communauté humanitaire dans sa façon de voir les choses. " Jusqu’à récemment, les efforts se concentraient sur le relèvement rapide, la construction, voire le développement. Il restait quelques problèmes humanitaires : des pénuries alimentaires dans le nord et des personnes déplacées dans l’ouest. Beaucoup d’organisations non gouvernementales (NGO) étaient parties ou avaient réduit leurs activités. Mais les choses ont changé. " M. Ngokwey a dit qu’il était crucial de faire face aux problèmes actuels et de mettre en place des plans d’urgence. " Nous devons gérer cette crise efficacement, de façon à ce qu’elle ne se transforme pas en catastrophe. " Tout en notant que les ONG et autres organisations avaient des " inquiétudes légitimes " concernant la sécurité et d’autres problèmes, il a dit que la présence humanitaire à l’ouest était à nouveau en expansion et que certaines ONG envoyaient à nouveau du personnel dans des endroits comme Man. Il a souligné que le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA), qui avait grandement réduit ses effectifs et ses activités au cours de la dernière année, jouait à nouveau un rôle clé à l’ouest.

Malgré des tensions palpables à Duékoué, M. Ngokwey a dit qu’il s’était senti encouragé par les réactions de la population locale. " On voit bien que les gens ne sont pas abattus. Ils veulent notre aide, mais ils la demandent avec dignité. On constate aussi un niveau impressionnant de soutien et d’organisation communautaires, des volontaires de la société civile, des prêtres qui s’impliquent, des imams qui utilisent leurs propres ressources pour aider les gens dans le besoin. Face à la crise, on voit des gens qui unissent leurs forces et travaillent main dans la main pour assurer à tous le minimum indispensable. " Selon M. Ngokwey, il est absolument crucial de fournir des financements. " Nous comptons sur la générosité des donateurs, " a t-il dit à IRIN. " L’impératif humanitaire n’est pas une théorie, mais une obligation pour chacun d’entre nous. " M. Ngokwey a dit qu’il retournerait à l’ouest plus tard dans la semaine, afin de réévaluer la situation et de vérifier " qu’on s’acquittait bien des obligations contractées.