Politique

Au Soudan, Burhane et Hemetti acceptent un cessez-le-feu d’une semaine

Sur fond de violents combats et de pillages à Khartoum, les belligérants ont signé un accord de cessation des hostilités sous les auspices de la diplomatie saoudienne.

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Mis à jour le 21 mai 2023 à 12:06

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Faisal bin Farhan, entouré de représentants de l’armée soudanaise, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane, et des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdane Daglo, dit Hemetti, à Djeddah, le 21 mai 2023. © AFP PHOTO / HO / SPA

Les États-Unis et l’Arabie saoudite l’ont annoncé samedi 20 mai dans un communiqué conjoint. Alors que des frappes aériennes avaient secoué un peu plus tôt Khartoum, les représentants de l’armée soudanaise, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane, et des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemetti, ont accepté de signer un cessez-le-feu.

Celui-ci « entrera en vigueur à 21h45 (19H45 GMT) le 22 mai » et durera « sept jours », précise le document. Plusieurs cessez-le-feu conclus depuis le début des combats au Soudan, le 15 avril, ont rapidement volé en éclats, ont cependant reconnu Ryad et Washington.

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Mais, « contrairement aux précédents cessez-le-feu, l’accord conclu à Jeddah a été signé par les parties et sera appuyé par un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu soutenu par les États-Unis, l’Arabie saoudite et (la communauté) internationale », indique le communiqué.

Malik Agar au Conseil de souveraineté

L’annonce du cessez-le-feu survient également deux semaines après que des représentants des deux généraux en conflit se sont rencontrés pour la première fois à Jeddah, en Arabie saoudite, pour des pourparlers. Ils s’étaient engagés le 11 mai à respecter les principes humanitaires et à permettre l’acheminement de l’aide humanitaire.

Mais le responsable de l’ONU pour les affaires humanitaires, Martin Griffiths, a déploré jeudi « des violations importantes et flagrantes de cette déclaration, et qui ont eu lieu depuis sa signature ».

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Vendredi, le général Burhane a nommé trois de ses fidèles au sommet de l’armée, limogeant le général Dagalo de son poste d’adjoint au Conseil de souveraineté et nommant à sa place Malik Agar. Ce dernier, un ancien rebelle qui avait signé en 2020 la paix avec le pouvoir de Khartoum, a annoncé samedi dans un communiqué au ton rassembleur vouloir « arrêter la guerre et s’asseoir à la table des négociations ».

L’ambassade du Qatar vandalisée

« La stabilité du Soudan ne pourra être rétablie que par une armée professionnelle et unifiée », a-t-il indiqué en s’adressant au général Dagalo. C’est l’intégration des FSR dans l’armée qui avait sonné le glas de l’union entre ce dernier et le général Burhane, qui durait depuis le putsch de 2021, lors duquel ils avaient évincé ensemble les civils du pouvoir.

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La lutte entre les deux hommes pour le pouvoir a fait plonger le Soudan dans le chaos. Des témoignages d’occupation de logements, de pillages et autres exactions se multiplient et les représentations diplomatiques ne sont pas épargnées. Samedi encore, le ministère soudanais des Affaires étrangères a accusé les « milices des FSR » d’avoir attaqué, vandalisé et pillé l’ambassade du Qatar à Khartoum, emportant ordinateurs et véhicules.

L’attaque n’a pas fait de victime selon Doha, qui avait déjà évacué le personnel de l’ambassade. Le ministère qatari des Affaires étrangères a dénoncé l’attaque, affirmant que son ambassade avait été « prise d’assaut et vandalisée » par des « forces armées irrégulières ».

Khartoum avait déjà accusé les paramilitaires d’avoir attaqué des chancelleries évacuées : « les ambassades d’Inde et de Corée, le bureau culturel saoudien, la résidence des diplomates suisses et une section consulaire turque ».

Un million de déplacés et de réfugiés

Après un mois de combats qui ont fait plus d’un millier de morts et plus d’un million de déplacés et de réfugiés, les vivres se font de plus en plus rares et l’industrie agro-alimentaire soudanaise est à genoux.

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Plus d’un Soudanais sur deux a besoin d’aide humanitaire et l’ONU a annoncé débloquer 22 millions de dollars d’un fonds d’urgence pour aider les Soudanais ayant fui vers les pays limitrophes. Près d’un quart de cette somme sera utilisée pour répondre aux besoins des plus de 110 000 personnes ayant fui vers l’Égypte, grand voisin du nord, frappé par une grave crise économique.

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L’émissaire de l’ONU pour le Soudan, Volker Perthes, resté dans le pays, s’est envolé lui samedi pour New York où il doit s’adresser lundi au Conseil de sécurité. Alors que les pays voisins redoutent une contagion, les États-Unis ont annoncé vendredi une aide de 103 millions de dollars en faveur du Soudan et des pays limitrophes pour faire face à la crise humanitaire.

(Avec AFP)