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Cet article est issu du dossier «Énergie : que la lumière soit !»

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Énergie – Production : le continent africain et la conquête chinoise

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27 janvier 2010, au Congo, le président D.S. Nguesso visite Imboulou.

27 janvier 2010, au Congo, le président D.S. Nguesso visite Imboulou. © AFP

La compétition fait rage entre industriels du secteur énergétique. Si les groupes historiques sont toujours là, ils doivent maintenant faire face à la montée des entreprises asiatiques.

Fin décembre, en Côte d’Ivoire, c’est un contrat de 308 millions d’euros qu’a remporté le duo composé du coréen Hyundai et de l’américain General Electric. Objectif : réaliser l’extension de la centrale d’Azito pour atteindre une puissance de 450 MW (300 MW aujourd’hui). Une bataille gagnée aux dépens du français Alstom, partenaire d’Azito Énergie, l’entreprise qui gère le site. Ce qui semble une anecdote n’en est pas vraiment une : la compétition entre industriels du secteur énergétique est de plus en plus âpre. Si les groupes internationaux historiques sont toujours là (Mitsubishi, Alstom, Siemens, General Electric), ils doivent, comme dans d’autres secteurs, faire face à la montée des asiatiques, Chine en tête.

En matière de chantiers hydrauliques, déjà, ces derniers sont devenus incontournables. Sinohydro a ainsi construit au Ghana le barrage de Bui, dont la retenue d’eau a été inaugurée en juin dernier. Le groupe chinois a par ailleurs signé il y a un peu moins de un an un accord de principe à Kinshasa avec Sicomines (composé d’un consortium chinois et de Gécamines) pour la construction de la centrale hydroélectrique de Busanga (240 MW), située sur la rivière Lualaba, dans le Haut-Katanga, à 65 km de Kolwezi. Montant du deal : 660 millions de dollars.

Le géant chinois critiqué

Au Congo-Brazzaville, China Machinery Engineering Corporation (CMEC) s’est chargé de la centrale d’Imboulou, inaugurée au printemps dernier. D’un coût global de 170 milliards de F CFA (259 millions d’euros), sa capacité atteint 120 MW… Du Sénégal à l’Éthiopie, en passant par le Gabon ou la RDC, Pékin truste la plupart des projets hydrauliques du continent.

Vergnet SA, le champion du renouvelable

Le groupe français s’est fait une spécialité des fermes éoliennes en Afrique. Déjà, 142 générateurs d’une puissance totale de 136 MW sur le continent, en Mauritanie, au Nigeria, en Éthiopie, en Érythrée et au Kenya. Le champ d’Ashegoda cumule à lui seul 120 MW via 120 éoliennes. Sur ce projet de 294 millions de dollars (contrat signé avec Ethiopian Electric Power Corporation), 30 MW sont à ce jour destinés au réseau national. Vergnet oeuvre aussi dans le solaire photovoltaïque de petite taille (décentralisé). Parmi ses clients : l’Agence française de développement (AFD), la Banque africaine de développement (BAD), Onatel (Burkina Faso), Alcatel… Le parc installé par la société de Marc Vergnet atteint une puissance de 1,3 MW crête… M.P.

Mais le géant chinois cristallise les critiques. À Brazzaville, si l’on soutient qu’un niveau exceptionnellement bas de la rivière Lualaba empêche de monter à pleine puissance, d’aucuns mettent en doute la qualité des équipements. En outre, beaucoup de projets signés n’ont encore pas vu le jour. « Un de mes clients est ainsi coincé, explique un industriel. Après avoir signé un accord donnant l’exclusivité d’un barrage à une firme chinoise, en échange d’un financement, il n’ose toujours pas, au bout de trois ans, monter un dossier auprès d’un autre organisme au risque de perdre trois nouvelles années. »

Les groupes occidentaux tels Alstom, Siemens ou General Electric résistent malgré tout.

Les firmes occidentales résistent malgré tout. Outre en Côte d’Ivoire, le fabricant français de turbines Alstom est présent au Ghana (centrale de Bui), en Guinée ou encore au Nigeria (centrale électrique de Port Harcourt). De son côté, General Electric a signé en septembre son plus gros contrat avec l’Égypte. La firme et son partenaire Sepco III sont retenus pour l’extension de Gizeh Nord et de Banha. Montant de l’opération : 300 millions de dollars. L’accord comprend six turbines, qui ajouteront 2,25 GW de capacité électrique, soit 10 % de la production du pays, afin de répondre à une demande qui a crû de 13 % entre 2009 et 2010. General Electric s’intéresse aussi à l’Afrique de l’Ouest. Présent à Port Harcourt, au Nigeria, dans les services à destination du secteur pétrole et gaz, le groupe a décidé d’installer un centre de maintenance des turbines à gaz ainsi qu’un centre de formation et a pour ce faire investi 1 million de dollars depuis 2009. « L’expansion de General Electric illustre son engagement de s’investir au Nigeria et sur le continent africain », déclarait en décembre Jay Wileman, président de GE Energy pour l’Afrique subsaharienne, lors de la visite d’une délégation nigériane conduite par James Olotu, directeur général et chef exécutif de l’électricien Niger Delta Power Holding Company (NDPHC).

Les énergies renouvelables, fer de lance

L’alle­mand Siemens mise lui aussi sur la croissance africaine. « Nous regardons de plus en plus les régions à forte croissance comme l’Afrique », déclare Peter Löscher, PDG de Siemens AG. Et d’afficher d’ambitieux objectifs : 3 milliards de dollars de nouvelles commandes en 2012, toutes sections confondues (énergie, services, santé). Fer de lance du groupe, les énergies renouvelables. L’Algérie, qui représente 70 millions d’euros de son chiffre d’affaires en 2010, est son plus gros marché du secteur. Siemens veut créer 500 nouveaux emplois verts et investir 200 millions de dollars en nouant des partenariats avec des entreprises africaines. Et il y a de quoi. Selon la directrice générale de Bank of Industry (Nigeria), Evelyn Oputu, citée par oilprice .com, les investissements dans les énergies renouvelables en Afrique ont atteint 3,6 milliards de dollars en 2011, contre 750 millions en 2004, et pourraient être de 57 milliards de dollars en 2020.

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