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Cet article est issu du dossier «Gabon : faut-il croire à l'émergence ?»

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Gabon : fin de monopole pour la Comilog

Gisement de manganèse de Moanda, dans le sud-est du Gabon, exploité par la Comilog. © AFP

Nouveau code minier, nouveaux gisements, nouveaux partenaires... Le Gabon s'organise pour exploiter son sous-sol avec pragmatisme. Sous l'oeil vigilant de la société civile.

Le Gabon abrite le quart des réserves mondiales de manganèse. Un gâteau sur lequel la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du français Eramet, a longtemps régné sans partage. Présente depuis 1962 dans la région de Moanda (Sud-Est), elle réalisait à elle seule, jusque il y a peu, la quasi-totalité de l’extraction et des exportations minières du pays, avec un record de production de 3,4 millions de tonnes de manganèse en 2011. Seule autre entreprise active dans l’extraction, le gabonais Sised International exploitait un site d’orpaillage à Minkébé (Nord-Est), mais son permis a été annulé l’an dernier. Aussi, avec une contribution au PIB de seulement 6,5 % en 2011 (contre 3 % en 2010), le secteur minier fait encore pâle figure face au pétrole (41,8 % du PIB).

Mais les choses changent. D’ici à la fin de 2013, deux importants gisements de manganèse devraient entrer en production. L’un près de Franceville, exploité par l’australo-britannique BHP Billiton et dont les réserves sont estimées à 60 millions de tonnes ; et l’autre à Mbembélé (Centre), opéré par CICM Huangzhou Gabon, filiale de China International Trust and Investment Corporation, qui en renferme 30 millions.

« Désormais, au ministère des Mines, il y a de véritables négociateurs qui savent ce qu’ils veulent », reconnaît un cadre du secteur, selon lequel la situation s’est nettement améliorée en deux ans. Une évolution également constatée par Thierry Lauriol, avocat spécialisé sur les questions minières au sein du cabinet français Jeantet : « Les autorités font preuve de pragmatisme et de professionnalisme. Pour elles, il s’agit de démarrer l’exploitation des gisements rapidement, mais pas n’importe comment. Par son nouveau code minier, le pays veut lever les pesanteurs administratives tout en s’assurant du respect de l’environnement et d’une prise de participation importante au capital des sociétés. »

Innovation

Par ailleurs, alors que les cours du manganèse ont baissé de 25 % en 2011 et que le pays dispose aussi d’importants gisements de fer, de diamant et d’or, l’État souhaite voir se développer d’autres filières. Le gouvernement a ainsi annoncé, le 13 janvier, la conclusion d’un partenariat public-privé (PPP) avec Eramet pour le développement et l’exploitation d’un important gisement polymétallique à Mabounié, via la société Maboumine (filiale de Comilog à 60 %), dirigée par Arthur Nganie. Situé à 50 km de Lambaréné (Centre-Ouest), le site renferme des métaux classés d’intérêt hautement stratégique – niobium, terres rares, tantale, uranium… – ainsi que des phosphates. De par la composition et le volume de ses réserves en minerais, ce sera l’un des premiers du genre à être exploités (quelques-uns existent en Amérique latine).

Les réserves de Manganèse du Gabon, deuxième producteur mondial après la Chine, sont estimées à 200 millions de tonnes. La comilog en a produit 3.4 millions en 2011.

« Le gisement est très important mais compliqué. La valorisation de ces minerais demande un procédé totalement innovant, qui n’existe pas et que nous sommes en train de mettre au point, […] une méthode produisant un résidu qui doit être stable et géré minutieusement », a indiqué Philippe Vecten, directeur général délégué d’Eramet, branche manganèse. Le groupe développe en effet un procédé hydrométallurgique consistant à mettre en solution tous les métaux, avant de les séparer un à un.

Une usine pilote sera construite sur le site en 2014. Cette unité de transformation implique l’emploi de quelque 150 personnes très qualifiées au plan local, qui seront notamment formées au sein de la future École des mines de Moanda, fruit d’un autre PPP engagé en septembre 2011 entre Eramet et le gouvernement. Les deux partenaires vont par ailleurs développer les réseaux hydraulique et ferroviaire, nécessaires à l’approvisionnement du site et au transport des minerais.

À la loupe

Les premières études d’impact environnemental de Mabounié, dont un inventaire de la faune et de la flore, mais aussi des analyses pointues sur l’hydrologie et sur les conséquences pour la population (en termes de santé comme d’emploi) ont commencé le 21 janvier. L’exploitation devrait quant à elle intervenir en 2015 ou 2016.

Les actions de l’État et de ses partenaires sont scrutées à la loupe par une société civile extrêmement vigilante sur les questions sociales et environnementales. L’association Brainforest dénonce notamment les dommages causés autour de sa mine de Moanda par la Comilog, contre laquelle une action en justice a été lancée en juin 2011 par un collectif d’habitants et de quatre ONG.

Ces dernières critiquent aussi la convention signée avec China Machinery Engineering Corporation (CMEC) et sa filiale, la Compagnie minière de Belinga (Comibel), pour l’exploitation de la mine de fer de Belinga (Nord-Est), en plein coeur de la forêt équatoriale. Alors que le projet est au point mort depuis 2008, le gouvernement a finalement suspendu la convention de la Comibel en décembre. Ce gisement, dont les réserves sont estimées à quelque 1 milliard de tonnes, serait le troisième plus gros du continent.

Sur ce dossier, l’État et la société civile, un temps opposés, semblent désormais s’accorder : le gouvernement a notamment redimensionné le projet (la surface exploitable a été réduite de 7 000 à 700 km2) et a fait réaliser un travail technique de recadrage. La convention avec CMEC dénoncée, reste à trouver un nouveau partenaire expérimenté dans le fer, comme Vale (le groupe brésilien avait déjà déposé un dossier en 2006) ou BHP Billiton.

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