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Gabon : faut-il croire à l’émergence ?

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Société

Gabon : ronde de nuit au quartier Louis de Libreville

Mis à jour le 9 février 2012 à 19:07

Le soir venu, ce paisible arrondissement de Libreville s’anime. C’est le point de rencontre des fêtards de la capitale gabonaise. De l’apéro à l’after, du retau au night-club, petite virée à la lumière des néons.

À « Elbèv » (diminutif de « LBV », pour « Libreville »), les rois de la nuit gabonaise ont rendez-vous dans l’ancien domaine du roi Louis, un quartier-discothèque en forme de triangle des Bermudes où l’on accourt pour se perdre avec joie dans la moiteur des nuits tropicales. Si, à Abidjan, la rue Princesse est morte sous les mâchoires des tractopelles, à Libreville, le quartier Louis est ressuscité, après les chasses aux mineurs et aux « tuées-tuées » (prostituées) organisées depuis la fin de 2009 par la brigade des moeurs et qui ont, un temps, cassé l’ambiance de ses nuits folles.

Le jour, Louis est calme. Un arrondissement paisible, semé de maisons blanches accrochées à la colline, caressé par la brise marine. Quelques rares voitures sillonnent les rues. Sous un soleil de plomb, des ménagères reviennent du marché, chargées de sacs de riz et de bâtons de manioc. On croirait Louis à des années-lumière des grands boulevards et des bétons du centre-ville… qui n’est pourtant qu’à quelques coups de volant. Mais quand vient le soir, la métamorphose s’opère. Par un jeu de vases communicants, le quartier des affaires se vide… et Louis se remplit.

On se sape. Pas question de s’y rendre en tenue de maquisard. Pour s’y montrer, on se soigne, on se sape, on enfile ses plus belles marques (il faut dire que pour elles – et pour Louis -, on a pris un crédit à la BGFI). Élégants et légionnaires, étudiants et hommes d’affaires, belles griffées et tuées-tuées griffues transforment le quartier-village en une grouillante fourmilière : les 4×4 de luxe encombrent les trottoirs, alors qu’une foule désordonnée marche au milieu de la chaussée. Sous les néons, la nuit à Louis est un jour rouge et vert et vibre du beat qui s’échappe des bars et des boîtes.

De l’apéro à l’after, les établissements offrent toutes les ambiances, toutes les solutions, pour toutes les populations. Black ou white, à Louis, tous les chats sont gris ! En début de soirée, la tournée à l’Absolute – la boîte fashion sise à Port-Môle – sera pariée sur une table de billard au Pakito, du rock live dans les tympans. Puis direction le Wapiti ou le Butterfly pour un apéro ambiancé, avant d’aller faire le plein de calories en prévision de la nuit sportive qui s’annonce.

Ragoût de porc-épic à l’odika ou pâtes à la truffe ? Il y en a pour tous les palais, pour tous les prix. Mais côté gastronomie branchée, c’est la mode italienne qui est à la carte, et le Roma, cher et chic, fait le plein tous les soirs. Pour les adeptes du gaboma way of life, l’institution reste l’Odika, avec son crabe farci et son ragoût de viande de brousse arrosé d’une bonne Regab, la bière nationale.

Plus tard, le karaoké du Cotton Club reste un incontournable… surtout pour les militaires et les businessmen blancs. Histoire de se chauffer un peu la voix avant d’aller hurler des mots doux dans les 180 décibels du Balajo ou du No Stress.

Un dernier rhum-gingembre, le soleil se lève. Dans le jour naissant, les rues sont vides. Quelques rares taxis brinquebalants klaxonnent un dernier fêtard qui titube… pendant qu’une ménagère, chargée de sacs de riz et de bâtons de manioc, remonte paisiblement la colline.