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Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire : les douze travaux d'ADO»

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Côte d’Ivoire : capital cacao

Le cours de la fève dorée s'est établi à 1190 FCFA/kg en janvier.

Le cours de la fève dorée s'est établi à 1190 FCFA/kg en janvier. © REUTERS

Le sud-ouest de la Côte d’Ivoire concentre un tiers de la récolte cacaoyère nationale. En particulier la commune de Méagui, où planteurs baoulés, bakwés, burkinabè et maliens travaillent d’arrache-pied. Quoi qu’il arrive.

Ahoutoukro, près de Méagui, à 72 km au nord de San Pedro. Yao Koffi ne s’arrête jamais. Même le soir de la Saint-Sylvestre, ce planteur baoulé, marié à deux femmes et père de douze enfants, était dans son champ de cacao. Une exploitation ivoirienne de 17 ha, dont 2 offerts à son fils aîné pour ses 18 ans. Sa récolte n’a pas atteint le niveau de celle de l’an dernier. En cause : l’harmattan et la mauvaise pluviométrie. Il est cependant assez satisfait du prix d’achat de son cacao. « L’an passé, avec la crise, on a été obligé de brader notre récolte. Cette année, on vend mieux : de 700 à 750 F CFA le kilo [1,07 à 1,15 euro/kg, NDLR]. » Mieux, en effet, sachant que le prix indicatif est fixé à 1 000 F CFA/kg et que son cours sur les marchés internationaux s’est établi à 1 190 F CFA/kg en janvier.

Cédéao en miniature

Le sud-ouest du pays – dont Méagui, considérée comme la capitale du cacao -, produit à lui seul le tiers du cacao ivoirien, soit un volume de 500 000 tonnes, équivalent à celui du troisième producteur mondial, l’Indonésie. Village devenu en l’espace de vingt ans la plus grande ville de la région après San Pedro, Méagui n’affiche pourtant aucun signe de prospérité. Maisons en terre battue ou en parpaings, restaurants à ciel ouvert, rues poussiéreuses… Elle est à l’image du monde paysan pourvoyeur des richesses du pays, indigente. Sa caractéristique majeure : sa population cosmopolite. C’est un peu la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) en miniature. Après les Baoulés (originaires du centre du pays, réputés grands planteurs de cacao), les Burkinabè et les Maliens y sont plus nombreux que les autochtones bakwés (ethnie issue du groupe krou et cousine des Bétés).

En novembre 2010, le ralliement de l’Association Union de la paix des planteurs de Méagui (AUPPM, présidée par Yao Mé, l’un des plus grands planteurs baoulés de la localité) a été déterminant pour la victoire d’Alassane Ouattara au second tour de la présidentielle dans la région, où il avait réalisé de faibles scores au premier tour. Les conflits politiques entre autochtones partisans de Gbagbo, Baoulés proches de Konan Bédié et allochtones et étrangers plutôt favorables à Ouattara sont récurrents, quoique vite circonscrits par les élus, notamment les députés du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, de Konan Bédié) Salé Poli et René Nétro Tagbo – un proche de Marcel Zadi Kessy, président du Conseil économique et social et figure de proue du PDCI.

Terre partagée

Quant aux conflits fonciers, leur règlement est l’affaire du préfet Georges Gombadji Gueu et du chef central Barthélémy Nétro. Une commission de veille a été créée pour les détecter et les désamorcer avant qu’ils ne dégénèrent en affrontements, comme cela est souvent arrivé dans le centre-ouest du pays, également grand producteur de cacao. En juin, les responsables locaux des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) ont organisé une tournée pour inviter à la réconciliation. Cela a payé. Plusieurs cérémonies dites de la réconciliation se sont tenues dans des villages et à Méagui. « Jusqu’à présent, je n’ai pas connaissance d’un problème foncier grave ici », confie Ahmed Ouadba, 27 ans, planteur burkinabè du village de Sofoci. Ahmed est arrivé en Côte d’Ivoire à l’âge de 6 ans. Son oncle, un vieux planteur reparti au Burkina en 2002, lui a fait aimer la fève dorée, son parfum, son jus doux et enivrant.

Le fil de la filière

Engagée depuis 2008, la réforme de la filière café-cacao doit prendre effet avant la fin mars. Les institutions de Bretton Woods en ont fait une condition majeure pour que la Côte d’Ivoire atteigne le point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Avec un record de 1,5 million de tonnes récoltées en 2010-2011 (en hausse de 25 % par rapport à la précédente campagne), soit 40 % de la production mondiale, la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, qui représente 10 % de son produit intérieur brut (PIB) et près de 45 % de ses recettes d’exportation. Cultivé sur 2 millions d’hectares par 700 000 producteurs, le cacao fait vivre directement ou indirectement 4 millions de personnes. Pourtant, seul le quart de la production est transformé sur place. A.S.K.

Ahmed est aujourd’hui marié à une Ivoirienne, avec laquelle il a deux enfants. « Le premier va à l’école cette année, s’enorgueillit-il. Je lui ai donné un nom mossi et un nom baoulé, l’ethnie de sa mère. » Il n’a pas l’intention de demander la nationalité ivoirienne (« trop compliqué »), mais ses enfants, par leur mère, sont ivoiriens. Et il ne voit pas pourquoi ils iraient vivre au Burkina s’ils n’en ont pas envie.

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