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Cet article est issu du dossier «Qatar : l'émirat insatiable»

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Diplomatie

Francis Perrin : « Le Qatar agace prodigieusement l’Iran »

Le Qatar s'est hissé au premier rang des exportateurs de gaz naturel liquéfié. © AFP

Directeur de la rédaction de "Pétrole et Gaz arabes", Francis Perrin analyse la stratégie développée par le Qatar autour de ses réserves de gaz. Interview.

Jeune Afrique : Que fait le Qatar de son gaz ?

Francis Perrin : Le pays a mis en oeuvre une vraie stratégie de diversification. Tous les moyens pour valoriser le gaz ont été étudiés. Il en exporte chez ses voisins via le gazoduc Dolphin, et le projet Barzan alimente ses besoins énergétiques domestiques. Cette disponibilité d’importants volumes de gaz à des coûts compétitifs permet au Qatar de développer des industries annexes, comme celles des engrais et de la pétrochimie. Il est ainsi devenu le pionnier mondial en matière de technologie « Gas to liquids », qui permet de produire des produits pétroliers à partir de gaz. Mais, surtout, le Qatar s’est hissé au premier rang des exportateurs de GNL [gaz naturel liquéfié, NDLR].

Comment est ressentie cette montée en puissance ?

Le Qatar a conquis très vite de grosses parts de marché, ce qui n’est pas toujours bien perçu par les autres exportateurs. L’Algérie se sent menacée sur le marché européen, son débouché naturel, et on lit régulièrement dans la presse des articles critiques sur les manières d’agir qataries. En Libye, le Qatar avait proposé au Conseil national de transition d’aider à la commercialisation du pétrole pendant le conflit. Cela n’a pu se faire, mais il s’est bien positionné pour développer les ambitions gazières du pays, dont le potentiel est largement sous-exploité : l’exploration pourrait révéler des réserves importantes débouchant sur des projets majeurs, notamment dans le secteur du GNL, où le Qatar est expert.

Comment le Qatar gère-t-il le partage de ses réserves avec l’Iran ?

Les champs gaziers de North Dome au Qatar et de South Pars en Iran font partie du même supergisement, que les deux pays doivent se partager. Or l’Iran n’a pas été en mesure de développer ses projets d’exportations gazières du fait des sanctions américaines et européennes. Ayant beaucoup plus de puits, le Qatar puise mécaniquement dans les réserves de son voisin. Et cela agace prodigieusement Téhéran. On lit régulièrement dans les médias locaux des menaces plus ou moins voilées contre le Qatar. Vu le caractère stratégique du gaz et la relation qataro-iranienne, le fait que l’émirat accueille une base américaine de grande importance peut ainsi être considéré comme une police d’assurance. 

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Propos recueillis par Laurent de Saint Périer

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