Société

Paroles de Sénégalais pour la présidentielle

À quelques heures des résultats du premier tour de l’élection présidentielle sénégalaise, Abdoulaye Wade et l’opposition continuent de polémiquer par petites phrases assassines et menaces plus ou moins voilées. Mais que pensent les Sénégalais, qui n’ont que trop rarement la place de s’exprimer dans les médias traditionnels ? Enquête.

Mis à jour le 25 février 2012 à 13:21

Des Sénégalais racontent pour qui et pourquoi ils voteront à la présidentielle du 26 février. © Émilie Régnier pour J.A.

Le Sénégal retient son souffle. Le 26 février, 5 millions d’électeurs devront choisir leur futur président dans un climat de vive tension. Depuis que la candidature d’Abdoulaye Wade, jugée anticonstitutionnelle par l’opposition, a été validée par le Conseil constitutionnel, les incidents se sont multipliés dans l’ensemble du pays. Jugée à hauts risques par la communauté internationale, l’élection recèle bien des inconnues. En premier lieu le nom du futur vainqueur. Car en l’absence de sondages fiables – la loi sénégalaise les interdisant en période préélectorale – rares sont les marqueurs qui permettent d’anticiper le résultat des urnes. Mais cela n’empêche pas d’aller à la rencontre des Sénégalais pour entendre leur opinion sur le Sénégal d’aujour’hui…

Serigne Mback Thiam, 29 ans

Travaille dans l’import-export

 © Émilie Régnier pour J.A.

« Je vais voter pour Abdoulaye Wade car l’opposition ne peut pas faire mieux que lui. Le président sait comment amener de l’argent au Sénégal. Il va gagner parce que les gens continuent de l’aimer. Quant aux risques de violence, je ne suis pas inquiet. La confrérie mouride ne tient pas de discours politique, mais, si les choses dégénèrent, toute la population va écouter ses appels au calme et ses directives. »

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Ibrahima Thioub, 56 ans

Professeur d’histoire à la faculté de lettres et de sciences humaines de Dakar, directeur du Centre africain de recherche sur les traites et les esclavages

 © Émilie Régnier pour J.A.

« Wade n’est pas candidat, ne peut pas l’être et ne doit pas l’être selon la Constitution du Sénégal. S’il maintient sa candidature jusqu’au bout, il risque d’y avoir de la violence. Les Sénégalais sont comme tous les autres êtres humains. Mis dans des circonstances d’oppression ou de déni de justice, ils sont capables de riposter avec vigueur. »

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Chroniques dakaroises

À travers le portrait de neuf citoyens, personnalités en vue et simples anonymes, le photographe Camille Millerand et le journaliste Simon Maro (pour l’agence Afrique in Visu) décrivent l’Alternance, ses espoirs et ses déceptions, et dressent le portrait de la contestation au Sénégal. Reportage vidéo.

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Khadidiatou Diallo, 31 ans

Propriétaire d’une boutique de prêt-à-porter à Yoff, mariée et mère d’une petite fille de 5 ans.

 © Émilie Régnier pour J.A.

« Je vais revoter pour Abdoulaye Wade, parce qu’il a des idées qui font avancer le pays. J’ai vu les changements depuis qu’il a été élu, en 2000. Malheureusement, il y a une bande de personnes qui sont en train d’inciter les gens à la violence. Ils devraient nous laisser faire nos propres choix, le vote est une question personnelle. »

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Ibrahima Sonko, 52 ans

Policier

 © Émilie Régnier pour J.A.

« Wade a fait mieux que ses prédécesseurs,et ce dans une conjoncture difficile. Il a construit des routes, amélioré les transports… J’espère que le scrutin se déroulera de façon démocratique car tous les Sénégalais désirent la paix. Un policier ne souhaite jamais qu’il y ait des violences. Si nous sommes en situation de paix, on travaille moins et ça arrange tout le monde. »

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Ramatoulaye Diop, 18 ans

Étudiante en langue

 © Émilie Régnier pour J.A.

« Je ne voterai pas pour Wade parce qu’il est vieux. Il n’a plus les capacités pour diriger le pays. On ne veut plus d’un président qui donne tout à son fils et qui gaspille des milliards sur des projets qui ne servent à rien. Dans certains pays voisins, on a vu ce que la violence peut faire. Il y a des familles entières qui se sont fait tuer, comme ça pour rien, seulement parce que le président voulait s’imposer. »