BTP & Infrastructures

Necotrans, le jour d’après

Grégory Quérel, présent dans le groupe depuis dix ans, a été nommé président-directeur général. © Necotrans

Le décès du discret Richard Talbot, fondateur et propriétaire du groupe français, laisse ce dernier orphelin. Mais pas forcément démuni.

C’est près de Paris, dans la région où il est né, que Richard Talbot, 64 ans, a été enterré le 8 novembre. Une unité de lieu, ou presque, pour un entrepreneur qui ne cessait pourtant de parcourir le monde, et surtout l’Afrique.

Au moins 200 jours par an, celui qui a fondé en 1985 Necotrans, le géant français de la logistique, « mettait les mains dans le cambouis », à Dakar, Libreville, Douala et, plus récemment, à Lobito ou à Monrovia, comme en témoigne l’un de ses collaborateurs. Un patron très proche de ses employés, qui se tenait informé du moindre détail et restait capable de s’enthousiasmer pour un projet excitant. « Necotrans, pendant longtemps, ce n’était pas vraiment un groupe, plutôt une grande PME avec un organigramme plat : le patron et, juste en dessous, les opérationnels », explique un ancien employé, qui ajoute : « Talbot, c’était l’âme du groupe. »
Necotrans info

Yves-Marie Dulioust, l’un des plus anciens salariés de Necotrans, ne dit pas autre chose. « Les gens travaillaient pour un homme avant de travailler pour une entreprise », confie le directeur régional installé à Dakar et entré dans le groupe en 1990. Avec la mort de Richard Talbot, on pouvait douter de la stabilité de Necotrans. Le 5 novembre, pourtant, les choses sont allées très vite : quelques heures après le décès du très discret homme d’affaires, le conseil d’administration a nommé Grégory Quérel, présent dans le groupe depuis une décennie et directeur général depuis mars 2011, au poste de PDG. Sophie Talbot, la fille unique du défunt, a pris la présidence du holding familial, propriétaire de la totalité du capital de Necotrans. « Il n’y a pas eu de latence, la communication a été immédiate, souligne Yves-Marie Dulioust. Grégory Quérel, c’est un gage de sécurité : il assurera la pérennité du groupe. »

Liens

À l’image de beaucoup d’entreprises africaines, Necotrans a grandi à marche forcée. Depuis sa création, le groupe d’abord spécialisé dans la commission de transport a multiplié les acquisitions et les développements stratégiques : Getma Guinée, racheté en 1989 à Daher ; le distributeur automobile Sera, repris en 1992 ; Transafric, spécialiste de la commission de transport, acquis en 1999 ; l’activité hydrocarbures, fondée la même année… Pour ne citer que les plus importantes décisions prises par celui que tous décrivent « comme un vrai entrepreneur ». Ces dix dernières années, l’envol économique de l’Afrique et le boom des échanges commerciaux ont dopé l’activité : le chiffre d’affaires est passé d’environ 300 millions d’euros à 878 millions l’année dernière.

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Pendant longtemps, ce développement très rapide – porté notamment par les liens privilégiés qu’entretenait Talbot avec de nombreux acteurs du transport, dont la famille Aponte du groupe Mediterranean Shipping Company (MSC) – s’est poursuivi sans que le groupe ne se structure. « L’organisation intéressait peu Richard Talbot, concède Grégory Quérel. Mais il comprenait qu’elle était indispensable. Cela a commencé par la reprise en main de la totalité du capital en 2006 et 2007, avec le rachat des parts d’Emerging Capital Partners (ECP) et d’autres associés. Puis nous avons harmonisé les marques en leur donnant un même nom en 2012 et structuré la gouvernance en parallèle. » Autrefois atrophié, le holding parisien s’est doté d’une structure centrale plus solide, comptant désormais une quarantaine de personnes.

Expulsion

Reste la sphère d’influence du groupe. Médiatiquement, Necotrans a – doucement – commencé à s’ouvrir et à expliquer sa stratégie. Politiquement, deux recrutements de poids ont eu lieu : celui de Pierre-André Wiltzer, l’ex-ministre français délégué à la Coopération, et celui d’Abdel Aziz Thiam, l’ancien ministre ivoirien des Transports. Mais l’échec récent du groupe dans l’obtention du second terminal à conteneurs d’Abidjan et l’expulsion manu militari des employés de Necotrans du port de Conakry début 2011 ont rappelé son peu d’influence face à son principal concurrent, Bolloré Africa Logistics.

« Le manque de présence institutionnelle est un souci », déplore un ancien. « Certaines de nos activités sont sensibles, notamment dans les infrastructures, mais notre approche des affaires n’est pas guerrière », pondère Grégory Quérel, qui se félicite tout de même de l’arrivée récente au conseil d’administration de Philippe Bohn. Le « Monsieur Afrique » du groupe aéronautique EADS est réputé très bien introduit dans le monde des affaires franco-africain.

Grégory Quérel devra aussi se pencher sur l’avenir d’activités perçues comme périphériques, comme la division automobile. « Nous allons garder cette logique entrepreneuriale et assurer la pérennité familiale du groupe », admet-il seulement. La semaine du 18 novembre, il s’adressait aux 200 principaux décideurs du groupe réunis près de Paris. Pour célébrer la mémoire d’un homme, et préparer l’avenir.

Bataille du port de Conakry : juste une trêve ?

Il y a quelques semaines, Jeune Afrique (no 2755-2756 du 27 octobre au 9 novembre) relatait la décision de Necotrans de ne pas faire appel du jugement du tribunal de commerce de Nanterre.

Ce dernier avait condamné le groupe Bolloré à payer seulement 2,1 millions d’euros – au lieu des 100 millions réclamés – dans le cadre du litige qui opposait les deux opérateurs sur la concession du port de Conakry. Mais le groupe dément et précise dans un courrier adressé à J.A. : « NCT Necotrans attend que la société Bolloré exécute le jugement auquel elle a acquiescé pour arrêter définitivement sa position quant à un éventuel appel du jugement du 10 octobre 2013, sur les griefs où elle n’a pas obtenu entièrement satisfaction. » F.M.

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