Droits de l’homme

Cameroun : Vanessa Tchatchou ne partira jamais sans sa fille

Vanessa Tchatchou, la jeune fille qui se dit victime d'un trafic d'enfants à Yaoundé. © DR

Elle est jeune, pauvre, mais compte bien obtenir justice. Depuis janvier, l'histoire de Vanessa Tchatchou , dont le bébé a disparu, défraie la chronique au Cameroun.

Depuis six mois, elle ne bouge pas de la chambre numéro 2 de l’hôpital de Ngousso, à Yaoundé, capitale du Cameroun. À 17 ans, Vanessa Tchatchou est entrée en résistance et répète qu’elle ne quittera pas les lieux sans le bébé qui, dit-elle, lui a été volé. Ses soutiens, de plus en plus nombreux, se disent tout aussi déterminés. « Nous n’hésiterons pas à saisir la Cour africaine des droits de l’homme et la Commission des droits de l’homme des Nations unies si la justice camerounaise se révèle incapable de protéger ses citoyens », clame Shanda Tonme, président de la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (Comicodi).

Le feuilleton qui tient le Cameroun en haleine depuis que l’affaire a été rendue publique a débuté en août dernier. Il met en lumière trois batailles entrecroisées. D’abord, celle d’une lycéenne issue d’un milieu défavorisé, dont la petite fille a mystérieusement disparu entre la salle d’accouchement et la couveuse où elle devait être placée. Persuadée d’être victime d’un réseau de trafiquants d’enfants, elle a saisi le procureur de la République. 

La chaîne des responsabilités est longue

Se fondant sur un coup de fil dénonciateur, elle affirme que le trafic a profité à une magistrate, Caroline Mejang Ndikum Ateh. Cette dernière aurait simulé une grossesse avec la complicité d’un médecin de l’hôpital. La magistrate, qui n’a pas été formellement interrogée par la justice, prétend avoir adopté le 14 août un enfant abandonné, né la veille. Sauf que le procès-verbal d’abandon d’enfant qu’elle présente est sujet à caution et qu’au Cameroun les procédures d’adoption sont longues.

Trafic d’enfants

À ce drame humain vient se greffer une autre bataille, sociale celle-là, le Cameroun ayant été plusieurs fois désigné comme une plaque tournante du trafic d’enfants en Afrique. La Comicodi affirme détenir la preuve de l’existence d’un réseau de femmes cadres impliquées dans ce type de trafic.

Le combat de Vanessa prend un tour politique avec l’entrée en piste du ministre de la Communication, Issa Tchiroma, qui a déclaré début février que l’enfant était décédé, signifiant ainsi le classement de l’affaire – hypothèse rejetée par l’entourage de Vanessa. Le caractère politique est accentué par le statut des personnalités qui la soutiennent. Parmi elles, Vincent-Sosthène Fouda, dont la candidature à la présidence avait été invalidée lors du scrutin d’octobre dernier. Placé en garde à vue pour avoir participé à une manifestation de soutien à Vanessa, le 10 février, il comparaîtra devant la justice le 8 mai.

Pour Shanda Tonme, la chaîne des responsabilités est longue, mais clairement identifiée. Elle irait du directeur au personnel de l’hôpital, en passant par les responsables régionaux de la police. La Comicodi s’interroge aussi sur le silence du procureur près le tribunal de Mfou, supérieur hiérarchique de la magistrate, contre laquelle Vanessa a décidé de porter plainte.

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