Politique

Yémen : Abd Rabbo Mansour Hadi, une présidence à hauts risques

Abd Rabbo Mansour Hadi doit assurer un mandat transitoire de deux ans. © Mohammed Huwais/AFP

Élu à une quasi unanimité, Abd Rabbo Mansour Hadi, le nouveau dirigeant du Yémen, aura fort à faire pour assurer l'unité du pays. Et rester en vie.

Son visage lisse, son front dégarni et son embonpoint bourgeois donnent au nouveau président yéménite, Abd Rabbo Mansour Hadi, 66 ans, une allure de notable paisible qui tranche avec la figure martiale de son prédécesseur, Ali Abdallah Saleh. Celui-ci, lunettes noires, moustache virile et sourire carnassier, a présidé à la destinée agitée du Yémen pendant trente-trois ans avant d’être pris dans la tourmente du Printemps arabe. Unique candidat à l’élection présidentielle du 21 février, Hadi a été plébiscité pour assurer un mandat transitoire de deux années.

Le scrutin, qui respecte l’accord de transition signé par le pouvoir et l’opposition, avait été qualifié de farce par les contestataires les plus endurcis. Comme les autonomistes du Sud, les rebelles chiites du Nord avaient appelé à son boycott. Et il n’était pas question d’aller voter dans les zones tenues par Al-Qaïda. Pourtant, 60 % des inscrits ont accompli ce geste démocratique, symbolique et inédit. Pour la majorité d’entre eux, il s’agissait plus d’en terminer avec la dictature de Saleh que de porter Hadi au pouvoir.

Qu’un Sudiste devienne président de Yémen est une première. En effet, après la réunification de 1990, la règle voulait que le président soit originaire du Nord et son vice-président du Sud.

Dominique Thomas, spécialiste des mouvements islamistes à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS)

Car ce dernier dirigeait de fait l’État depuis plus de huit mois, ayant assuré l’intérim en tant que vice-président lorsque Saleh a été blessé dans un attentat le 3 juin 2011. Homme de consensus, sans appui tribal ni milicien mais issu de l’ex-parti présidentiel, le Congrès général du peuple (CGP), Hadi est un militaire du Sud. « Qu’un Sudiste devienne président est une première », commente Dominique Thomas, spécialiste des mouvements islamistes à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). En effet, après la réunification de 1990, la règle voulait que le président soit originaire du Nord et son vice-président du Sud.

Comme le souligne le chercheur : « Après la guerre de 1994 entre Sanaa et les autonomistes du Sud, Saleh avait voulu comme vice-président un pantin qui soit aux ordres. » Effacé, Hadi a été accepté par l’opposition, dominée par les islamistes d’Al-Islah. À Sanaa, la capitale, il gouvernera avec un Premier ministre issu de ce parti et originaire du Sud lui aussi. Une configuration qui pourrait permettre, outre une transition consensuelle, de ramener la question régionale au centre du débat et de consolider l’unité du pays. 

Hadi, homme d’État

Pour Hadi, la tâche s’annonce herculéenne : avant même d’être atteint par la contestation, le Yémen était déchiré par la guerre civile, soumis aux divisions claniques, miné par les terroristes d’Al-Qaïda. Son économie est également dévastée. Par ailleurs, sa marge de manoeuvre est très étroite, les organes de l’État restant dominés par les partisans et la famille de Saleh, notamment dans le domaine sécuritaire. Pour Dominique Thomas, « ces gens-là misent sur la présidentielle de 2014 et chercheront à discréditer le mandat transitoire de Hadi, homme faible confronté à des problèmes considérables ».

D’après les observateurs, Hadi a révélé sa stature d’homme d’État en mettant en oeuvre l’accord de transition et en s’attaquant à la réforme des services de sécurité. Mais il y a essuyé des échecs et se lance sur un terrain miné : les deux prédécesseurs de Saleh ont été assassinés, et Saleh lui-même a été visé par une bombe. On comprend les réticences qu’il aurait eues à se présenter. Hadi entame une période d’essai pleine de risques, mais son élection consacre la première transition négociée du Printemps arabe.

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