Société

Vatican : le Malin serait-il à l’oeuvre ?

Fuites, coups bas, opérations de déstabilisation et règlements de comptes… L’ambiance à la Curie est de plus en plus délétère. Le pape Benoît XVI, bientôt 85 ans, a beaucoup de peine à contenir ces très profanes luttes de pouvoir.

Par
Mis à jour le 2 mars 2012 à 09:37

Benoît XVI à la fenêtre de ses appartements privés, pendant la veillée de Noël. © Alessandro Bianchi/Reuters

« Rien ne va plus. » Cette phrase laconique lâchée par un haut responsable de l’administration en dit long sur l’atmosphère qui règne derrière les murs du Vatican. Une atmosphère digne des romans de Dan Brown, où les coups bas, les fuites et les règlements de comptes succèdent aux révélations plus ou moins orchestrées dans le but de déstabiliser certaines personnalités jugées gênantes par ceux qui se verraient bien détenir les clés du Saint-Siège.

Tout a commencé fin janvier par des révélations concernant certaines lettres adressées au pape en 2011 par Mgr Carlo Maria Viganò. Chargé de la gestion du patrimoine, le secrétaire général du Gouvernorat regrettait « de nombreuses situations de corruption et de malversation enracinées depuis longtemps » et demandait à Benoît XVI de renoncer à le nommer à Washington, où il n’aurait plus la possibilité d’oeuvrer à un « assainissement » de la gestion du Gouvernorat. Dans une autre missive faisant suite à sa nomination, finalement confirmée par le pape, Mgr Viganò affirmait voir dans sa mutation « un verdict de condamnation de [son] travail » et « une punition ».

Complot

La gestion des finances vaticanes est depuis longtemps sujette à caution. Dans le passé, de nombreux scandales ont défrayé la chronique. En 1982, par exemple, la faillite de la Banco Ambrosiano, dont la banque du Vatican était le premier actionnaire, avait mis en évidence les relations troubles entretenues avec la mafia. Quatre ans auparavant, la mort de Jean-Paul Ier un mois après son élection avait suscité des rumeurs d’assassinat commandité par des gens sans doute peu désireux de voir le nouvel élu faire le ménage dans les finances vaticanes. Ces affirmations n’ont jamais été étayées par des preuves tangibles. Elles refont surface après l’évocation par Il Fatto Quotidiano d’un possible complot contre Benoît XVI.

L’homme à abattre

Les différentes fuites qui ont fait les gros titres de la presse internationale depuis plusieurs semaines viseraient en définitive à déstabiliser le pape et son proche entourage, notamment Mgr Tarcisio Bertone, le secrétaire d’État (l’équivalent d’un Premier ministre). Benoît XVI a en effet confié à ce dernier la tâche de réformer la gestion par trop opaque des finances. Dynamique mais manquant de diplomatie, Bertone dérange. Son départ serait bien vu par une partie de la Curie, qui n’a jamais accepté que le pape lui délègue le fonctionnement de la machine vaticane. Face à la fronde larvée et aux coups bas dont il est indirectement victime, le pape a récemment demandé : « Priez aussi pour moi, afin que je puisse tenir avec une humble fermeté la barre de la sainte Église. » Que Bertone soit ou non maintenu à son poste, ces prières ne seront assurément pas superflues. (Photo : Mgr Tarcisio Bertone, le cardinal secrétaire d’État, arrivant à l’ambassade d’Italie auprès du Vatican, le 16 février. © Max Rossi/Reuters)

Le 10 février, le quotidien italien a en effet publié un document « très confidentiel » daté du 30 décembre 2011 dans lequel la mort du pape est annoncée « dans les douze mois à venir », sans autre précision sur l’identité des commanditaires ou le lieu de cet hypothétique assassinat. « Il est évident que ce document contient des considérations folles et dénuées de toute réalité, a commenté le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège. Je ne nie pas l’existence de ce document en allemand, j’affirme seulement qu’il ne faut absolument pas prendre au sérieux ce qui [y] est écrit et croire qu’il contienne quelque chose de vrai. » Tout cela paraît en effet sans fondement, mais il n’empêche que tous les spécialistes s’accordent pour reconnaître que la situation au Vatican est loin d’être sereine. Et que la volonté de déstabiliser les dirigeants en place est manifeste.

"Complot contre le pape. Il mourra dans les douze mois". Le 10 février dernier, Il Fatto Quotidiano publiait en première page un document confidentiel annonçant la disparition programmée du Saint-Père.

« Au cours du Consistoire [les 18 et 19 février, NDLR], je me suis rendu compte que je n’étais pas le seul à ressentir un malaise, à savoir que le Mal était à l’oeuvre dans toute cette agitation qui entoure l’Église », a confié le cardinal suisse Georges-Marie Cottier dans les colonnes d’Avvenire, le quotidien de la conférence épiscopale. L’ancien théologien de la Maison pontificale se veut néanmoins rassurant : « Le pape souffre certainement de toutes les choses qui ont été dites dans les médias au cours des derniers jours, mais, au fond, son esprit est serein », explique-t-il. Il est quand même douteux que la situation s’améliore au cours des prochains mois.

Irresponsables

En dépit des propos du directeur de L’Osservatore Romano, le quotidien du Vatican, selon lesquels Benoît XVI, « pasteur indulgent qui n’intrigue pas au milieu des loups », saura « faire échec aux comportements irresponsables et indignes », chacun sent bien qu’une lutte pour le pouvoir est engagée. Il est difficile de démêler le vrai du faux, de savoir qui tire les ficelles, mais il est évident que cette ambiance délétère fragilise le Vatican. 

Le premier à en profiter a été le gouvernement italien. Un projet de loi a été déposé au Parlement visant à mettre un terme aux exemptions de taxes foncières dont bénéficie l’Église pour ses bâtiments à usage commercial (hôpitaux, hôtels, boutiques, etc.). S’il est adopté, il en coûtera à cette dernière quelque 100 millions d’euros par an, selon Avvenire. Mais certains évoquent la somme de 2 milliards. Bref, en dépit des engagements papaux, il apparaît que la transparence financière n’est encore qu’un voeu pieux. Et que l’atmosphère actuelle n’est guère propice à motiver les fidèles. Lesquels manifestent de plus en plus ouvertement leur désappointement.