Politique

Présidentielle française : en attendant le vote des bêtes sauvages*

Mis à jour le 2 mars 2012 à 09:45
Leïla Slimani

Par Leïla Slimani

La campagne présidentielle française, côté cour et côté J.A.

Quand les extrêmes ne se rejoignent pas, ils s’étripent. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui représentent à eux deux un bon quart des intentions de vote, se déchirent allègrement pour séduire le même électorat populaire, comme à l’époque où rien ne distinguait les partisans de Doriot de ceux de Thorez. Pour lui, elle est « semi-démente », une « chauve-souris », une « barbare », un « vampire » et une « bigote ». Pour elle, il est « l’insulteur public », un « idiot utile » et un « grand malade ». Et dire que pendant ce temps la France prodigue aux Sénégalais des conseils de retenue… Le Front national, qui pond une bonne dizaine de communiqués par jour, vient de diffuser auprès des destinataires de sa mailing list une lettre manuscrite signée Brigitte Bardot (ci-contre).

Outre le fait qu’elle intéressera les graphologues, cette missive de la recluse de Saint-Tropez, qui, à la différence des bons vins, ne s’est pas bonifiée en vieillissant (elle a 77 ans), exhorte les maires de France à parrainer la candidature de Marine Le Pen au motif qu’« elle défend les animaux » – allusion à leur combat commun contre l’abattage halal et autres égorgements dans des baignoires. C’est donc clair : si les moutons votent, Marine sera à l’Élysée. Et Jean-Luc à l’abattoir.

Les dirigeants chinois, eux, ont fait leur choix : ils votent Sarkozy. Ils l’ont dit à Jean-François Copé et fait savoir à Laurent Fabius, l’émissaire de François Hollande, en ne le recevant pas. Angela Merkel, Vladimir Poutine, Benyamin Netanyahou, David Cameron, l’émir du Qatar, le prince de Monaco, Hamid Karzaï, Mustapha Abdeljalil, Alassane Ouattara, Paul Biya et ses collègues d’Afrique centrale aussi. La liste est loin d’être close. Certains sont sarkophiles par empathie politique, d’autres par légitimisme, d’autres enfin parce que l’on préfère toujours le diable que l’on connaît à celui qui sort de sa boîte. Mais une chose paraît acquise : si l’élection se joue à l’Assemblée générale de l’ONU, Nicolas restera à l’Élysée.

François Hollande, qui n’a pas la réputation d’être un ami des bêtes et dont la notoriété hors de France se résume souvent à un « François qui ? », n’a donc aucune chance. Heureusement que le Conseil constitutionnel, qui n’a jusqu’à preuve du contraire autorisé ni le vote des mammifères ni celui des chefs d’État étrangers, veille… 

* Petit hommage à Ahmadou Kourouma