Politique

Libye : Safia Kadhafi, « desperate housewife » en Algérie

Mis à jour le 13 mars 2012 à 11:51

Rester aux côtés du fantasque et redoutable Mouammar Kadhafi pendant quarante ans, Safia l’a fait. En silence et en donnant au « Guide » libyen sept enfants. L’infirmière devenue milliardaire se trouve à présent à Alger avec les survivants d’une famille emportée par le vent de l’Histoire.

La légende veut que Mouammar Kadhafi rencontre l’infirmière Safia Farkash en 1971, au cours de sa convalescence après une appendicite. Ils se marient la même année et leur premier enfant naît en 1972. Seif el-Islam supplantera son aîné Mohamed, fils de Fatiha, la première épouse du « Guide » libyen. Avec sa deuxième épouse, Mouammar aura six autres enfants : Saadi, Moatassim, Hannibal, Aïcha, Seif el-Arab et Khamis.

Les Kadhafi, une famille décimée

Mohamed, l’aîné (né en 1970)

Né du premier mariage du « Guide » avec Fatiha, il vit en exil en Algérie avec sa belle-mère, Safia, depuis août dernier.

Seif el-Islam, le dauphin putatif (né en 1972)

En fuite vers le Niger, il a été intercepté par les rebelles de Zintan, le 19 novembre 2011, et placé en résidence surveillée dans l’attente de son procès.

Saadi, le footballeur (né en 1973)

Après une brève carrière sportive en Italie, il a dirigé une division de l’armée. Depuis septembre 2011, il réside au Niger où il a obtenu l’asile.

Moatassim, la brute (1975-2011)

Il était le grand rival de Seif el-Islam. Après avoir dirigé la résistance armée aux rebelles, il a été retrouvé mort le 20 octobre 2011 puis inhumé avec son père dans le désert.

Hannibal, le turbulent (né en 1976)

Plus connu pour ses frasques que pour ses talents de médecin, sa formation initiale. Il vit à Alger avec sa mère.

Aïcha, l’avocate (née en 1976)

Elle était la « vitrine » du pouvoir. Elle organise la riposte judiciaire depuis Alger.

Seif el-Arab, le soldat (1982-2011)

Militaire, il a trouvé la mort lors d’un raid de l’Otan, le 30 avril 2011.

Khamis, le commandant (1983-2011)

Il dirigeait la sinistre 32e brigade. Il a été tué au combat, à Tarhouna, en août 2011 et enterré sur place.

Hana, la mystérieuse (née en 1985)

Cette fille adoptive a été présentée comme une victime des raids américains en 1986. Elle serait en fait toujours en vie, mais aucune information ne filtre sur sa situation actuelle.

Milad, l’inconnu

Un autre enfant adoptif. On le dit réfugié clandestin en Tunisie.

Née en 1952 à El-Baïda au sein de la tribu des Braassa de Cyrénaïque, Safia a été propulsée dans un monde de pouvoir et d’argent sans jamais se départir de son rôle de femme au foyer. Dans ses Mémoires, Des personnes autour de Kadhafi (parues en janvier aux éd. Madarek), l’ex-ministre des Affaires étrangères Abderrahmane Chalgham raconte comment Safia a essayé d’arranger sans succès le mariage de sa fille Aïcha avec Khaled, le fils de Khouildi Hamidi, longtemps commandant des renseignements militaires.

En digne membre du clan, elle a malgré tout profité de sa position pour se lancer dans les affaires. Sa compagnie aérienne, Buraq Air, avait obtenu un quasi-monopole sur le transport vers La Mecque. Pourtant, Safia n’en profitait pas pour faire le tour du monde : son jet privé servait uniquement aux trajets internes. En 2008, elle est élue vice-présidente de l’organisation africaine des premières dames sans avoir jamais mis les pieds à une réunion. Car Mme Kadhafi pèse plusieurs tonnes d’or. Sa fortune, estimée à plus de 22 milliards d’euros, a d’ailleurs été placée sous la surveillance du comité des sanctions du Conseil de sécurité après le déclenchement de la guerre en Libye.

Une influence politique négligeable

En revanche, l’influence politique de Safia sur son fantasque et instable mari était notoirement négligeable. Une exception : elle avait l’oreille de Mouammar pour obtenir l’avancement de ses proches. Son frère Abouchaaria avait ainsi hérité du poste de directeur des communications de la sécurité extérieure. Pour mieux raffermir les liens des gens de la tente, Fatima Farkash, sa soeur, a été mariée à Abdallah Senoussi, l’homme des basses oeuvres du régime.

Elle était la première dame, mais pas la seule. Depuis la chute du régime, Tripoli bruit de découvertes sur les multiples relations extraconjugales du « Frère Guide ». Safia au grand coeur a même donné le nom de sa mère à la petite Hana, fille adoptive devenue célèbre en 1986 comme victime « virtuelle » d’un bombardement américain. Or, à en croire la rumeur, Hana serait en fait la fille de Mouammar et d’une de ses favorites, Houda Ben Amer. Depuis son exil, après la chute de Tripoli en août 2011, Safia Farkash doit ruminer son destin de « desperate housewife » dans la luxueuse résidence d’État mise à sa disposition près d’Alger.