Société

Israël : au Beitar Jérusalem, on n’aime pas les Arabes

Lié au courant ultranationaliste, le club de football Beitar Jérusalem continue de s’illustrer par le comportement ouvertement raciste de son public et de ses dirigeants.

Mis à jour le 14 mars 2012 à 12:42

Supporteurs du Beitar Jérusalem. © Menahem Kahana /AFP

Cette année risque d’être amère à plus d’un titre pour les fans du Beitar Jérusalem. Leur équipe fétiche est non seulement en train de rater sa saison sur le plan sportif, mais son ennemie jurée, la formation arabe israélienne de Bnei Sakhnine, pointe à la quatrième place du championnat, synonyme de qualification pour l’Europa League. Le comble de l’humiliation s’est produit le 4 février au Teddy Stadium, l’antre mythique des jaune et noir, redouté pour son ambiance infernale, où les joueurs originaires de Galilée ont infligé une correction au Beitar (0-3). Fous de rage, les ultras de Jérusalem ont entonné des chants racistes contre Sakhnine, puis caillassé l’autobus de l’équipe à la fin du match. Loin d’en être à leur coup d’essai, les Beitarim vouent une haine féroce aux Palestiniens d’Israël, soupçonnés d’être « une cinquième colonne à la solde des terroristes ». Pas une année ne passe sans qu’ils ne défraient la chronique par leurs propos anti-Arabes et un comportement violent dans les tribunes.

Historiquement proche de la droite nationaliste israélienne, le club de football du Beitar est lié au mouvement sioniste éponyme, fondé à Riga en 1923 et dirigé par Zeev Jabotinsky. Dans l’entre-deux-guerres, avant de rejoindre la Palestine, ses membres formaient des groupes d’autodéfense dans les grandes villes d’Europe de l’Est et faisaient le coup de poing. Une tradition maintenue jusqu’à aujourd’hui, en particulier lors des confrontations avec l’Hapoël Tel-Aviv, club affilié à la gauche israélienne et accusé de traîtrise pour avoir favorisé la coexistence sur la pelouse de Juifs et d’Arabes. Jusqu’à la mort du dictateur irakien Saddam Hussein, les supporteurs du Beitar n’hésitaient pas à scander : « Ya Saddam habibi, roudrou roudrou Tel-Aviv ! » (« Saddam, mon ami, lâche tes bombes sur Tel-Aviv »), allusion aux Scud qui frappèrent la métropole israélienne pendant la première guerre du Golfe. Les fans du Beitar s’en prennent aussi aux symboles de la paix. En novembre 2007, ils ont accueilli par un concert de sifflets la minute de silence en hommage à Itzhak Rabin. Des chants à la gloire d’Ygal Amir – l’assassin de l’ancien Premier ministre – ont résonné dans les travées du stade. L’incident a provoqué un tollé général.

Interdiction de stade

Le Beitar est régulièrement épinglé par la Fédération israélienne de football. Pourtant, ni les matchs à huis clos, ni les pertes de points, ni les lourdes amendes infligées au club ne semblent avoir d’effet dissuasif sur ses supporteurs. La plupart sont des Mizrahim (« Orientaux »), issus des couches populaires séfarades, et ne jouissent pas d’une réputation d’enfants de choeur. En Israël, le Beitar Jérusalem est un club à part, le seul par exemple où l’hymne national est imposé avant chaque début de match. Autre particularité : l’interdiction formelle de recruter des joueurs arabes. En plus de soixante-quinze années d’existence, aucun responsable du club n’a trahi cette règle d’or, pas même l’entraîneur français Luis Fernandez, passé par le Beitar en 2005-2006. Gare à celui qui oserait la remettre en question. En novembre 2009, le capitaine de l’équipe, Aviram Baruchyan, a été contraint de s’excuser auprès des supporteurs pour avoir déclaré qu’il serait heureux d’accueillir un joueur arabe. « Le plus douloureux pour moi est d’avoir heurté les fans du Beitar, concéda-t-il à l’issue d’une réunion de réconciliation avec La Familia, les ultras du club. S’ils ne veulent pas d’Arabes dans l’équipe, il n’y en aura pas. »

Les dérives racistes du Beitar se banalisent dans un championnat où évoluent actuellement une cinquantaine de joueurs arabes israéliens. « Cette ségrégation doit cesser, s’insurge le journaliste de Haaretz Yoav Borowitz, favorable à un boycott du club. Que dirait-on si on empêchait des juifs de jouer dans le championnat de France ou d’Angleterre ? » D’autant qu’à Jérusalem la minorité arabe des quartiers est a dû récemment débourser 100 millions de shekels (20 millions d’euros) pour les travaux de rénovation du Teddy Stadium, en prévision de l’Euro Espoirs qu’Israël est supposé accueillir en juin 2013.