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Cet article est issu du dossier «Sécurité alimentaire : le paradoxe africain»

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Mali – Semences : Faso Kaba, un modèle d’entrepise qui fait mouche

| Par Jeune Afrique
M. S. Coulibaly a reçu un African Business Award en 2010 pour son approche novatrice.

M. S. Coulibaly a reçu un African Business Award en 2010 pour son approche novatrice. © D.R.

Elle produit des semences améliorées adaptées au climat sahélien et les distribue à des milliers d’exploitants. La société malienne Faso Kaba a fait mouche et élargi sa gamme des céréales aux fruits et légumes.

Maïmouna Sidibé Coulibaly ne remerciera jamais assez son agronome de mari. « C’est grâce à lui que j’ai pu monter mon projet, et il continue de m’encourager tous les jours », déclare-t-elle lorsqu’on lui demande de raconter l’histoire de Faso Kaba. La société de production et de distribution de semences certifiées made in Mali est peut-être née en 2005, mais l’idée avait germé dans l’esprit de l’entrepreneure des années auparavant.

C’est en 1985 que Maïmouna Sidibé Coulibaly découvre les semences améliorées. À cette époque, elle vit aux États-Unis avec son mari, venu suivre un cycle de perfectionnement en agronomie, et travaille dans une compagnie spécialisée dans le maïs hybride. « Dès les premiers jours, je me suis dit que c’était quelque chose à développer au Mali », raconte-t-elle. De retour au pays, trois ans plus tard, elle a du mal à convaincre autour d’elle de l’intérêt d’investir dans ce domaine. « Pourtant, mon mari étant dans la recherche, les agriculteurs venaient le voir pour lui demander des semences de meilleure qualité », se souvient-elle.

La femme d’affaires veut renforcer son réseau national, qui compte quatre magasins.

Après quinze ans passés sur un projet de développement agricole financé par l’agence américaine Usaid et deux autres dans une entreprise de vente de matériel et de produits agricoles, Maïmouna Sidibé Coulibaly est plus décidée que jamais à se lancer. « Vingt ans après ma découverte aux États-Unis, au Mali, les choses en étaient au même point, explique-t-elle. Quand on parlait agriculture, on s’inquiétait de la pluviométrie, on mettait l’accent sur les engrais, mais pas assez sur la qualité des semences. Lorsque j’ai entendu un agriculteur dire qu’il était prêt à acheter des semences améliorées, même si elles étaient plus chères, je me suis dit qu’il fallait tenter cette expérience. »

Pour monter l’entreprise, Maïmouna Sidibé Coulibaly réunit 10 millions de F CFA (environ 15 000 euros) en raclant ses fonds de tiroir et en contractant un prêt dans une banque locale garanti par l’ONG japonaise Sasakawa Global 2000. Un partenariat avec l’Institut d’économie rurale du Mali lui permet d’obtenir des semences développées par des chercheurs maliens adaptées au climat sahélien et promettant un rendement deux à quatre fois supérieur aux grains de base. « Sur le plan du goût, c’est pareil », précise-t-elle en riant. Si Faso Kaba, qui signifie pays du maïs, a commencé par produire des semences de cette céréale, il a depuis élargi son offre : mil, sorgho, niébé, arachide, mais aussi oignons, tomates, choux, pastèques et gombos. De 1 t en 2005, la production a « frôlé les 1 000 t » en 2011, selon la chef d’entreprise, pour un chiffre d’affaires tournant autour de 300 millions de F CFA.

Marketing

Une évolution rendue possible aussi par une subvention de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (Agra) accordée en 2007 : 141 000 euros sur vingt-quatre mois. « Il y avait des lignes budgétaires pour tout : l’implantation des magasins, le transport des semences dans les zones reculées, et même pour faire un peu de publicité », raconte Maïmouna Sidibé Coulibaly. C’est encore l’Agra qui, fin 2011, lui sert de caution bancaire pour l’achat d’une chaîne de conditionnement.

Récompensée en 2010 par le magazine African Business, qui a salué son approche et sa stratégie novatrices en matière de développement agricole, Maïmouna Sidibé Coulibaly espère bien aller plus loin. Développer son réseau national, qui compte actuellement quatre magasins (deux à Bamako, un à Bougouni et un à Ségou) et des revendeurs, est une priorité. Et pourquoi ne pas s’implanter dans la sous-région ? Des agriculteurs guinéens, togolais et burkinabè se fournissent déjà chez Faso Kaba. Elle aimerait aussi pouvoir s’attaquer aux semences hybrides, qui garantissent, selon elle, un rendement encore supérieur à celui des semences améliorées. « Même concernant le conditionnement, le design, la stratégie marketing, j’ai beaucoup de projets, mais je n’ai pas les moyens », explique-t-elle avant de lancer, rieuse : « Donc, les investisseurs, à bon entendeur… »

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