Archives

Maroc : tirs de barrage contre les opérateurs français

Par
Mis à jour le 23 mars 2012 à 11:55

A Tanger et à Rabat, les contrats de Veolia, dont la Cour des comptes a pointé les défaillances dès 2009, vont être révisés à la fin de l’année. A Casablanca, c’est la filiale de Suez Environnement qui est dans le collimateur pour corruption.

Sale temps pour les opérateurs français dans le secteur de l’eau au Maroc. Les contrats passés avec les filiales marocaines de Veolia Environnement, Amendis à Tanger et Redal à Rabat, sont en cours de révision afin de passer au crible les services rendus, pointer les efforts à réaliser en matière d’assainissement et permettre une refonte de la grille tarifaire.

« La révision du contrat de Redal à Rabat est prévue pour fin 2012. À Tanger et Tétouan, le calendrier n’est pas encore fixé, mais je milite pour que les trois coïncident », indique Patrice Fonlladosa, directeur des partenariats stratégiques de Veolia Environnement, qui récuse les accusations de prix excessifs dont le groupe fait l’objet. « Ce n’est pas nous qui fixons les tarifs. C’est à la commune et aux élus d’exprimer leur demande en la matière. Nous, nous plaidons pour un gel des tarifs sociaux et pour une meilleure adéquation des tarifs pour les plus gros consommateurs, comme les industriels », ajoute-t-il. Xavier Joseph, directeur général adjoint de Veolia Environnement Maroc, appelle également à une révision des contrats du groupe au Maroc. « C’est une nécessité, car ils sont l’objet de fantasmes nocifs. »

Querelles. La polémique est née d’un rapport de la Cour des comptes de 2009 épinglant les dysfonctionnements dans la gestion déléguée de l’eau et de l’électricité au Maroc, les querelles entre communes et opérateurs, et les tarifs excessifs dans les villes où ces services sont assurés par des acteurs privés. Frais injustifiés, manque de lisibilité des factures, retards dans les investissements, insuffisance du nombre de branchements sociaux réalisés… Les divers problèmes soulignés par le rapport touchent non seulement Veolia, mais aussi son compatriote Suez Environnement.

Mauvaise passe. Lydec, filiale de ce dernier, est en effet dans une mauvaise passe à Casablanca, où il est chargé de la gestion de l’eau, de l’électricité et de l’assainissement depuis 1997. Le rapport de la Cour des comptes relève qu’il n’a pas respecté ses engagements en matière d’investissements entre 1997 et 2006, et pointe la vétusté des réseaux dans certains quartiers de la capitale économique ainsi que la distribution de dividendes – au détriment des investissements – dès 2003 alors qu’elle n’était censée survenir qu’à partir de 2008. « Le rapport de la Cour des comptes porte sur une période antérieure à une précédente renégociation du contrat, en 2008 », se défend Serge Lescouet, directeur de l’exploitation eau et assainissement de Lydec.

Par ailleurs, en septembre dernier, faisant suite à la plainte déposée par le conseiller municipal Abdelhak Mabchour contre le maire, Mohamed Sajid, et le directeur général de Lydec, Jean-Pierre Ermenault, pour corruption, le parquet de Casablanca a décidé d’ouvrir une enquête. S’appuyant sur le rapport de la Cour des comptes, Abdelhak Mabchour demande également l’ouverture d’une instruction contre Lydec et la convocation de son directeur par la police pour interrogatoire.

Dernier épisode en date de cette série noire : Lydec est rattrapé, cinq ans plus tard, par les résultats d’un audit de gestion mené en 2007 et selon lequel l’opérateur français serait redevable de 546 millions de dirhams (48,7 millions d’euros) à la wilaya du Grand Casablanca pour la période 1997-2006. Le 10 février dernier, la filiale de Suez s’est vu adresser une lettre de notification lui demandant le versement de cette somme.

Les usagers peuvent-ils espérer une baisse des tarifs ? Rien n’est moins sûr.

Selon Serge Lescouet, l’essentiel des défaillances soulignées – divergences sur les investissements, limitation de l’évolution des tarifs contractuels, frais d’assistance technique et dividendes – aurait déjà été traité dans le cadre d’un processus de révision du contrat de gestion déléguée. Pour faire valoir ses arguments, Lydec mandatera dans les semaines à venir une expertise complémentaire réalisée par un cabinet indépendant.

Renégociation. Après ces divers rebondissements, les usagers marocains peuvent-ils espérer une baisse du prix de l’eau à moyen terme ? À Lydec, on indique clairement que cette perspective « n’est pas envisagée actuellement à Casablanca ». Pour Rabat et Tanger, l’économiste Mehdi Lahlou, président de l’Association pour un contrat mondial de l’eau, se montre circonspect : « Je doute qu’une baisse du prix de l’eau par Veolia aura lieu au moment de la renégociation. Celle-ci portera surtout sur les prérogatives de la gestion déléguée. Au mieux, il y aura une refonte de la tarification, avec une augmentation du prix pour les gros consommateurs. » 

Veolia se maintient en Afrique

Les résultats 2011 de Veolia ont été dévoilés le 1er mars. Son PDG, Antoine Frérot, a annoncé une perte de 490 millions d’euros, contre un bénéfice de 581 millions en 2010, et a promis de réduire sa dette de 14,7 milliards à 12 milliards d’euros d’ici à la fin de 2013. Sur le continent, ces résultats se traduiront notamment par son retrait du transport urbain à Rabat. En dépit des difficultés contractuelles rencontrées au Maroc, la stratégie de recentrage du groupe ne concerne pas l’Afrique. Il maintient sa présence au Niger (chiffre d’affaires annuel de 18 millions d’euros), où un contrat d’affermage de dix ans a été signé en novembre dernier. Pas de changement non plus au Gabon, où Veolia, qui détient 51 % de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (Seeg), réalise un chiffre d’affaires annuel de 240 millions d’euros. F.R.

___

Fanny Rey, envoyée spéciale à Marrakech