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Cet article est issu du dossier «Tchad : après la tempête, s'ouvrir au monde»

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Politique

Tchad : la majorité présidentielle comme sur un boulevard

Le président tchadien, Idriss Déby Itno. © Mohamed Nureldin Abdallah/Reuters

Après un marathon électoral d'une année jalonné de victoires, le camp présidentiel peut se reposer sur sa confortable prééminence. Il tient cependant à garder le dialogue ouvert avec l'opposition tchadienne.

Le 25 avril 2011, Idriss Déby Itno a remporté la présidentielle tchadienne dès le premier tour avec un score à faire rêver : 83,59 % des suffrages exprimés. Surprise ? Non. Le président était quasiment seul en lice, ses principaux adversaires – Saleh Kebzabo, Wadal Abdelkader Kamougué, Ngarlejy Yorongar – ayant décidé de boycotter le scrutin. Deux mois plus tôt, lors des législatives du 13 février, le Mouvement patriotique du salut (MPS, au pouvoir) avait conforté sa suprématie en raflant 113 sièges sur 188 à l’Assemblée nationale – 117 au terme des partielles du 6 mai.

La part du lion

Le 13 août 2011, le Premier ministre Emmanuel Nadingar est reconduit dans ses fonctions et, dans la foulée, un nouveau gouvernement de 38 ministres et secrétaires d’État, dont 30 nouveaux, est formé. Le MPS s’adjuge la part du lion et laisse le reste à ses partenaires de l’Alliance pour la renaissance du Tchad : le Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP) et le Rassemblement national pour la démocratie et le progrès (Viva-RNDP). Objectif affiché : apporter du sang neuf pour une action efficiente.

Coup de théâtre. À peine est-elle entrée en action que la machine gouvernementale se grippe. En quelques mois, les Tchadiens ont vu cinq ministres (celle de la Santé publique en décembre, celui de l’Énergie et Pétrole et celui du Plan, de l’Économie et de la Coopération internationale en janvier, celui de l’Assainissement public en février, et le secrétaire d’État aux Finances et au Budget en mars) passer à la trappe pour diverses raisons. La stupeur passée, les commentaires vont bon train. Beaucoup parlent d’un gouvernement de novices et d’amateurs, dont la plupart ont brûlé les étapes. Pour un membre de l’opposition, il s’agit « de jeunes gens inexpérimentés qui ont appris leur nomination en écoutant la radio. La classe politique ne se renouvelle pas par décret ».

Expérience

Dans le collimateur des uns et des autres, un homme : le Premier ministre, dont certains se demandent pourquoi il est encore là, « alors qu’il n’a pas fait gagner le MPS dans son fief des deux Logone [sud du Tchad, NDLR] aux communales de janvier ». Fort du soutien de Déby Itno, et malgré des attaques venant de son propre camp, Emmanuel Nadingar ne s’en laisse pas conter : « Je ne crois pas que ce soit un gouvernement d’amateurs, se défend-il. Il y a des personnalités qui ont des références. Certains ont même dix ans d’expérience ministérielle. Nous avons beaucoup de jeunes, il est vrai, mais ce sont des cadres. »

Nous avons beaucoup de jeunes, c’est vrai. Mais je ne crois pas que ce soit un gouvernement d’amateurs. Emmanuel Nadingar, Premier ministre

Pour lui, la révocation d’autant de ministres en si peu de temps ne fait pas désordre. Cela découle d’une volonté de voir chacun se comporter de façon exemplaire et travailler avec rigueur. « Nous sommes un gouvernement qui se projette vers l’avenir. Le travail doit être productif en fonction des attentes du président dans le cadre du programme pour lequel il a été élu », ajoute le Premier ministre, précisant que « le signal a été très bien compris par tous ».

Feuille de route

Après la tempête, la majorité doit s’atteler à la poursuite du dialogue avec l’opposition, tel que prévu par l’accord politique du 13 août 2007. Après une évaluation des actions menées dans le cadre de ce processus en juillet 2011, le Comité de suivi et d’appui de l’accord en vue du renforcement du processus démocratique au Tchad, qui comprend des représentants de la majorité et de l’opposition, a reconnu la nécessité de continuer sur cette voie.

Il faut maintenant élaborer une nouvelle feuille de route, en fonction de la configuration politique issue des derniers scrutins. Au cours de l’odyssée électorale engagée en février 2011 pour s’achever en janvier dernier avec les élections locales, rien n’a été simple : dysfonctionnements au sein de la commission électorale, boycott de la présidentielle, contestation des résultats des législatives… On a même vu des membres de la majorité se joindre à ceux de l’opposition pour réclamer l’annulation des résultats des communales.

Malgré ces constats et les affaires impliquant deux députés de l’opposition qui se disent victimes d’acharnement de la part de la majorité, la volonté de préserver le dialogue est partagée. C’est à ce titre que des délégués tchadiens se sont rendus à l’étranger, notamment au Burkina Faso et au Mali, pour s’inspirer de leur modèle en matière de statut de l’opposition et de coexistence pacifique.

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