Politique

Sénégal : les cinq priorités de Macky Sall

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À peine élu, Macky Sall doit déjà fait face à plusieurs crises qui touchent le pays.

À peine élu, Macky Sall doit déjà fait face à plusieurs crises qui touchent le pays. © AFP

Avant même de faire l’inventaire des caisses de l’État et de lancer les grands projets de son quinquennat, le nouveau président sénégalais, Macky Sall, a cinq priorités.

1 Éviter la crise alimentaire

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 850 000 Sénégalais pourraient être en difficulté alimentaire ces prochaines semaines. « La période de soudure, qui débute bientôt, sera très dure », annonce Alioune Badara Cissé, le bras droit de Sall. Si le gouvernement Wade n’a rien fait à ce sujet, la nouvelle équipe entend rapidement débloquer 20 à 25 milliards de F CFA (30 à 38 millions d’euros) pour venir en aide aux plus démunis. À plus long terme, Sall, sensible aux difficultés du monde rural, a fait du développement agricole l’une de ses priorités. Sur cinq ans, il a promis un investissement de 2 000 milliards de F CFA, soit l’équivalent du budget annuel de l’État.

2 Baisser le prix des denrées

C’est la priorité numéro un pour deux Sénégalais sur trois – toutes les enquêtes d’opinion réalisées depuis deux ans le montrent. C’est aussi la promesse la plus forte du candidat Sall. La baisse des prix des denrées alimentaires devra donc être la première annonce du président. « Elle doit intervenir rapidement, car l’attente est forte », estime son entourage. Dans un premier temps, il s’agira d’annoncer la diminution des prix du riz, du sucre et de l’huile. « La situation est devenue impossible, note avec amertume Fatima Mbodj, une mère de famille. En quelques semaines, avant le premier tour, le sac de 50 kilos de riz est passé de 18 000 à 24 000 F CFA. Qui peut suivre ? »

Théoriquement, les prix du riz non parfumé, de l’huile et du sucre sont fixés par l’État, en concertation avec les commerçants. Mais ces tarifs officiels ne sont jamais respectés. La nouvelle équipe compte y remédier. « Dans un premier temps, nous envisageons une baisse de 10 % à 20 % sur une durée provisoire, en subventionnant les commerçants ou en suspendant certaines taxes, le temps de trouver une solution pérenne. Pour cela, nous avons besoin de 50 milliards de F CFA », explique Moubarack Lô, coresponsable du pôle programme du candidat. Pas simple, alors que les caisses de l’État sont, de l’aveu même de l’entourage de Wade, vides.

3 Ne pas replonger dans le noir

Tout le monde, à Dakar, prédit le retour des délestages intempestifs, qui ont certainement coûté quelques suffrages à Wade. « On va être dans le noir très rapidement », convient Alioune Badara Cissé. Le plan Takkal mis en oeuvre par Karim Wade depuis un an a permis, ces quatre derniers mois, d’éviter les coupures d’électricité. Mais la location provisoire de centrales électriques coûte trop cher à l’État. Dans l’entourage de Sall, on affirme que tout sera mis en oeuvre pour maintenir le courant. Un retour en arrière pourrait alimenter la gronde et réduire à néant l’état de grâce dont bénéficie le nouveau président. Mais pour l’instant, « on navigue à vue, reconnaît un proche. Nous allons regarder le dossier. On verra ce qu’on trouve ».

4 Faire la paix en Casamance

Wade avait promis de régler le conflit casamançais en cent jours. Sall a été plus prudent : il n’a pas avancé de délai. Mais « c’est l’une de ses priorités », jurent ses proches. Il y a urgence : ces derniers mois, les estimations (en l’absence de données officielles) chiffrent à une trentaine le nombre de soldats sénégalais tués dans cette région. Très rapidement, Sall devrait se rendre en Gambie et en Guinée-Bissau pour demander aux deux voisins de s’impliquer afin de relancer le dialogue avec les indépendantistes. Il n’est toutefois pas question de négocier l’indépendance ni même de procéder au repli de l’armée.

5 Réduire le train de vie de l’État

« En 2000, note Abdoulaye Bathily, un des leaders de la coalition Benno Siggil Senegaal, les Sénégalais étaient prêts à faire des sacrifices. Mais la gestion de Wade les a vite déçus. Cette année, ils sont encore prêts. Mais ils ne sont plus naïfs. » Pour demander au peuple de faire des efforts, Sall entend lui envoyer des signaux forts. L’une de ses premières annonces sera la révision à la baisse du train de vie de l’État. Il a promis un gouvernement restreint à 25 membres (contre plus de 40 sous Wade), la fermeture d’ambassades, la liquidation d’agences étatiques qui étaient en fait des coquilles vides. Fini aussi les factures téléphoniques pharaoniques (27 milliards de F CFA sur un an pour l’administration, soit plus de 1 % du budget de l’État) et la multiplication des voitures de fonction. Mais rapidement, Sall devra aller plus loin s’il veut rendre crédible la « république exemplaire » qu’il a promise. Cela passera par l’audit du plan Takkal, des gros chantiers (aéroport) et des privatisations (Suneor, ICS). « Ce seront des audits administratifs, pas politiques », assure Moubarack Lô. Mais s’ils révèlent des malversations, « le dossier sera transmis à la justice ». 

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