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Cet article est issu du dossier «Des élections pour changer l'Algérie ?»

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Vie des partis

Algérie : en attendant l’indispensable sursaut républicain

Manifestation contre le gouvernement à Alger, le 19 février 2011. © Zohra Bensemra/Reuters

Face aux nationalistes et aux conservateurs, dont les islamistes, le pôle des républicains doit s'organiser pour les législatives du 10 mai en Algérie. Pour le moment, ni accord ni projet commun ne semblent se concrétiser.

Renforcée par de nouvelles formations politiques, la mouvance des partis islamistes – même si elle est traversée par différents courants – se présente comme un bloc homogène. Face à elle, le pôle des partis dits républicains, ou démocrates, paraît dispersé, bien moins organisé. Pourtant, durant les années 1990, au plus fort de la lutte contre le terrorisme, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), le Parti du renouveau algérien (PRA), l’Alliance nationale des républicains (ANR) et même le Rassemblement national démocratique (RND) avaient combattu politiquement les formations islamistes. Mais la situation a totalement changé dès le début des années 2000. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, le président Abdelaziz Bouteflika a brouillé tous les repères et les référents politiques en imposant un jeu d’alliances à large spectre.

L’ère Bouteflika

Ex-responsable du RCD aujourd’hui secrétaire général du Mouvement populaire algérien (MPA), Amara Benyounes estime que la dernière décennie a tourné autour du seul Bouteflika : « La configuration démocrates-républicains d’un côté et islamistes-conservateurs de l’autre existait bien durant les années 1990. Elle s’est bâtie autour d’un événement précis : l’arrêt du processus électoral. À l’époque, les acteurs de la scène politique devaient se prononcer pour ou contre le Front islamique du salut (FIS), dissous depuis. Durant ces années, tout tournait autour de ce parti. À partir de 2000, ces mêmes acteurs se sont focalisés sur la personne d’Abdelaziz Bouteflika et sa politique. Chacun a dû choisir son camp, les "Tout sauf Bouteflika" (TSB) d’un côté et les "Rien sauf Bouteflika" (RSB) de l’autre ; les TSB contre les RSB », rappelle-t-il.

Pour Soufiane Djilali, ex-numéro deux du PRA et membre fondateur de Jil Jadid, le retrait des partis républicains de la scène politique algérienne est à mettre, en grande partie, sur le compte du pouvoir. « Abdelaziz Bouteflika est à la tête du pays depuis treize ans, mais il n’a rien fait pour la démocratie, bien au contraire. Le pouvoir devra assumer devant l’Histoire les échecs du courant démocratique. Aujourd’hui, ce pouvoir se permet de dire qu’il ouvre la scène politique, mais en réalité il le fait à contrecoeur. »

35%

C’est le taux de participation aux législatives du 17 mai 2007.

Projet de société

Démocrates et républicains n’ont-ils pas, eux aussi, leur part de responsabilité ? « Les partis politiques algériens semblent en total décalage avec la société, notamment ceux du pôle démocratique et républicain, note le politologue et économiste Salah Mouhoubi. Depuis l’ouverture du champ politique en 1989, les formations se réclamant de cette tendance ne sont toujours pas parvenues à présenter un projet adapté à la société algérienne. Je parle de projet politique, mais aussi de projet économique. Parfois, ils ont même des positions contradictoires sur un sujet unique. »

Une question s’impose donc : la société algérienne est-elle ouverte à la démocratie ? « Sans aucun doute, répond Soufiane Djilali. Aujourd’hui, le peuple la réclame. Le citoyen algérien est devenu plus tolérant, il n’accepte plus aucune forme de rigidité et souhaite afficher ouvertement ses idées. En fait, il y a une évolution de la société algérienne, une avancée dans les valeurs plutôt que dans la politique. Chez beaucoup d’Algériens, l’islam est revenu à sa dimension spirituelle, il tend à sortir du contexte politique. D’ailleurs, je reste persuadé que l’utilisation politicienne de l’islam échouera en Algérie. »

Amara Benyounes partage cet avis et rappelle que l’action démocratique ne concerne pas uniquement les partis politiques, « mais aussi la presse, les syndicats, le mouvement associatif et les patriotes qui résistent encore, arme à la main, contre le terrorisme ». Le défi qui attend les partis du pôle républicain est capital et les élections législatives du 10 mai se présentent comme un véritable test. Pour l’heure, il n’y a aucune tentative de rapprochement pour former une coalition, contrairement au mouvement opéré en mars par les islamistes du Mouvement de la société pour la paix (MSP), du Mouvement du renouveau national (El-Islah) et d’Ennahda, qui ont créé une Alliance verte.

Même s’ils ne parviennent pas à s’entendre avant le scrutin, les partis républicains qui décrocheront quelques sièges au sein de la future Assemblée seront tenus de travailler ensemble. Une fois dans l’hémicycle, ils devront former une coalition forte et soudée pour pouvoir faire face aux coups de butoir des islamistes et aux actions des partis dits nationalistes, le Front de libération nationale (FLN) et le RND en l’occurrence, qui joueront, certainement, le rôle de balancier. 

Législatives, mode d’emploi

L’Assemblée est élargie à 462 sièges au lieu de 389 : 454 députés seront élus au sein des 48 circonscriptions locales, les wilayas (qui, selon leur poids démographique, disposent de 4 à 37 sièges), 8 seront élus par les Algériens de l’étranger.

La wilaya d’Alger a le plus grand nombre de sièges à pourvoir (37), suivie de Sétif (19) et Oran (18).

C’est un scrutin de liste à un tour, à la représentation proportionnelle au plus fort reste. Le seuil minimal requis pour participer à la répartition des sièges est de 5 % des suffrages exprimés. Selon la méthode du plus fort reste, les sièges sont alors répartis en deux temps. Ils sont d’abord attribués aux partis qui ont atteint le quotient électoral (c’est-à-dire, pour chaque circonscription, le nombre de suffrages exprimés divisé par le nombre total de sièges à pourvoir). Ensuite, le quotient est soustrait du total des voix obtenues par ces partis. Tous les partis ayant un nombre de voix supérieur au seuil minimal requis obtiennent des sièges suivant celui d’entre eux qui a le plus grand nombre de voix (« plus fort reste »), jusqu’à ce que tous soient répartis.

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