Économie

Éric Sabatier : « En Afrique, on voit très peu de nouvelles entreprises françaises »

À l’occasion du forum pour un nouveau modèle économique de partenariat entre l’Afrique et la France organisé à Bercy, « Jeune Afrique » a interviewé plusieurs personnalités du monde des affaires franco-africain. Éric Sabatier, vice-président senior de Bureau Veritas, a répondu à nos questions.

Mis à jour le 5 décembre 2013 à 09:46

Éric Sabatier : "Toutes les délégations Medef ou Ubifrance sont composées des mêmes entreprises". © Camille Millerand/JA

Bureau Veritas n’est pas le plus connu des grands groupes français en Afrique et pourtant. Établi depuis plus d’un siècle en Afrique, il y dispose aujourd’hui de 2 800 collaborateurs et d’un réseau de bureaux et de laboratoires dans plus de 35 pays. Le leader mondial de l’évaluation de la conformité et la certification y est d’ailleurs toujours à l’offensive puisqu’il vient d’annoncer ces derniers jours l’acquisition du sud-africain Carab Tekniva Group. En marge de la conférence économique du Sommet de l’Élysée pour la paix et la sécurité en Afrique, Éric Sabatier, vice-président senior de Bureau Veritas, a répondu aux questions de Jeune Afrique sur le nouveau partenariat Afrique-France.

Jeune Afrique : Avez-vous l’impression qu’il y a une évolution du partenariat entre la France et l’Afrique ?

Éric Sabatier : Nous le voyons aujourd’hui sur certains pays où il y a une volonté de sortir du schéma export de ressources naturelles et import de biens de consommation. Il y a une volonté d’industrialisation et de transformation sur place et de formation sur place. Si on veut être crédible en Afrique, il faut notamment avoir des cadres africains.

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Les parts de marché de la France ont reculé en Afrique. Preuve d’un désintérêt de la part des entreprises françaises ?

Clairement, oui, car l’Afrique n’était pas une destination « sexy ». Quand vous disiez il y a 15 ans que vous travailliez sur l’Afrique, vous étiez mal considéré. Même si les marges sont importantes, le risque pays paraissait très grand. L’instabilité, la sécurité, l’instabilité juridique : voici les freins qui bloquent encore les entreprises françaises.

L’intérêt des entreprises françaises est-il réellement plus grand aujourd’hui ?

Je ne cache pas ma crainte que ce soient toujours les mêmes. Toutes les délégations Medef ou Ubifrance sont composées des mêmes entreprises : Alstom, Bolloré, Orange, EDF, Total, CFAO. On voit très peu de nouveaux. L’État français devrait avoir une approche binaire : continuer à travailler avec les grands groupes d’un côté et attirer en Afrique de plus en plus de transformateurs dans l’agro-industrie.

Les PME de manière plus générale ont peur d’aller en Afrique.

Et les PME ?

Des sous-traitants nous accompagnent. Mais les PME de manière plus générale ont peur d’aller en Afrique car, lorsque vous prenez un bouillon, c’est dur de rebondir. Sans parler de la question du financement. Le risque est trop cher : il faut que l’État accompagne les PME au niveau du risque.

Êtes-vous favorable au retour de l’aide liée ?

Lorsque l’on fait des décaissements importants auprès de pays africains, par exemple dans le cadre d’un contrat de désendettement et de développement (C2D), il faut être plus contraignant sur l’utilisation des fonds. Pas forcément pour dire que cela doit revenir systématiquement à des entreprises françaises, mais pour imposer qu’un appel d’offres soit lancé. Et que les normes RSE soient respectées.