Politique

Maroc : Mohammed VI expliqué aux nuls

Par

François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Pendant trente-huit ans, avec la régularité d’une horloge suisse, la CIA n’a cessé de produire des rapports prédisant le renversement imminent du roi marocain Hassan II, lequel, comme on le sait, est mort au pouvoir. Son fils, Mohammed VI, lui, n’a pas fini de désespérer d’autres cassandres. Depuis son accession au trône, les oracles de mauvais augure se succèdent, avec la même capacité à persévérer dans l’erreur. Coup d’État, tsunami « barbu », abandon de poste, révolution à la tunisienne ; tous les scénarios ont été annoncés par les médias, sauf celui qui est en train de se dérouler sous nos yeux : une élection démocratique suivie d’une cohabitation sans heurts entre un chef du gouvernement islamo-monarchiste et un souverain dont la double qualité de chef de l’État et de Commandeur des croyants n’a jamais été sérieusement remise en question.

Ainsi va le Maroc, irréductible aux clichés et terriblement agaçant pour ceux qui, à l’étranger, ne se résoudront jamais à cette évidence : le roi y est populaire, fédérateur, garant des équilibres, arbitre des jeux d’influences, le contraire en somme d’une potiche référentielle, rôle auquel certains aimeraient encore le réduire. Le gouvernement ayant fort à faire sur un terrain miné, celui du social, dont il découvre chaque jour à quel point il était plus aisé d’en exploiter les failles que d’y évoluer une fois arrivé au pouvoir, Mohammed VI semble s’être défini un espace de travail accru en matière de politique étrangère. Longtemps adepte du « Morocco first » et tout en surveillant comme le lait sur le feu des dossiers aussi sensibles que la lutte contre la pauvreté et les grands investissements, le roi est désormais en première ligne sur le front extérieur. Le statut de membre non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, obtenu de haute lutte pour deux ans en octobre 2011 (et qui a pris effet le 1er janvier 2012), c’est lui. Tout comme la nomination de vingt-huit nouveaux ambassadeurs, les prises de position fermes sur la Syrie et, tout récemment, l’envoi d’une lettre circulaire aux cinq membres permanents, ainsi qu’au pape Benoît XVI, dénonçant en termes vifs l’escalade des implantations israéliennes et des expulsions de Palestiniens à Jérusalem-Est.

Sur l’ensemble de ces points comme sur l’affaire du Sahara, considérée comme une cause commune à tous les partis et désormais exportable depuis la mise en place du plan d’autonomie, le consensus national que Mohammed VI s’est attaché à établir préalablement à toute décision engageant l’avenir de son pays est pratiquement étanche. C’est justement cette harmonie que les amateurs de cacophonie, dont les dernières torpilles ont pris pour cible la place de la monarchie dans l’économie, ne supportent guère. Il faudra pourtant bien qu’ils s’y fassent : pour l’immense majorité des Marocains, un roi faible aurait pour conséquence d’affaiblir le peuple le plus fort. L’État, c’est donc lui. Même si ce n’est plus seulement lui.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte