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Cet article est issu du dossier «Niger : l'effet Issoufou»

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Politique

Niger : Salou Djibo, un jeune général en retraite

L'ex-président de la transition, Djibo a oeuvré pour le bon déroulement du scrutin de 2011. © AFP

Principal artisan du coup d'État contre Tandja et président de la transition, le jeune général Salou Djibo coule une retraite bien méritée.

Animé par une foi quasi mystique, il courait des imprimeries aux magasins de stockage en passant par l’aéroport de Niamey. Surtout, il fallait s’assurer que tout le matériel électoral était en place, éviter à tout prix le moindre report de la présidentielle nigérienne 2011

C’était il y a à peine plus d’un an, lorsque Salou Djibo était encore le président de la transition. Ensuite, du 12 mars au 7 avril 2011, tout s’est enchaîné sans qu’un grain de sable ne vienne gripper le processus : second tour du scrutin, reconnaissance de sa défaite par Seini Oumarou, remise des pouvoirs au président élu, Mahamadou Issoufou. Puis plus rien.

Putschiste vertueux. Après treize mois et demi passés à remettre le pays sur les rails de la démocratie et du développement, Salou Djibo, chef du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD) et président de la transition, a disparu des écrans radar presque aussi vite qu’il y était apparu, le 18 février 2010, en renversant Mamadou Tandja.

Après avoir connu le feu de l’action et le sommet de l’État, il risquait de s’ennuyer ferme… Eh bien non.

De nombreux observateurs doutaient pourtant que l’auteur du putsch se retire purement et simplement. À seulement 46 ans, ne risquait-il pas de s’ennuyer ferme, lui qui avait connu le feu de l’action et le sommet de l’État ? Son ombre n’allait-elle pas planer sur le débat politique ? Eh bien non. Un an plus tard, le général quatre étoiles (promotion accordée par sa propre junte au chef d’escadron qu’il était) semble au contraire tout à fait à son aise dans sa retraite. « Il était assez embarrassé par son rôle de chef de l’État et pressé de quitter le pouvoir », assure un témoin de l’époque. Depuis que c’est chose faite, entré dans le cercle restreint des putschistes vertueux, il savoure son repos et évite de faire parler de lui. Libéré de ses charges, « il en a profité pour beaucoup voyager, surtout dans les premiers mois, indique l’un de ses familiers. Il évite de s’exprimer pour ne pas perturber le paysage politique ». Cela tombe bien, ce silence correspond parfaitement à son tempérament discret. Même lorsque les quatre officiers qu’il avait placés en détention pour « atteinte à la sûreté de l’État » ont obtenu un non-lieu qui le désavouait, le 19 mai 2011, il n’est pas sorti de sa réserve.

Au pays, il partage son temps entre sa résidence de Niamey, mise à sa disposition avec tout le protocole en raison de son statut d’ancien chef d’État, et son immense villa de Namaro, son village natal, situé au bord du fleuve Niger, à environ 50 km au nord-ouest de la capitale. Souvent, il s’envole pour Ouagadougou et le siège de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), où travaille sa deuxième épouse.

Même sa Fondation africaine pour la démocratie et le développement (FADD), qui aurait pu lui permettre de continuer à jouer un rôle, « n’a pas vraiment décollé pour l’instant », reconnaît son cofondateur, le colonel Ibrahim Yacouba, inspecteur principal des douanes (nommé le 2 avril ministre des Transports).

Mission. Le soldat qui sommeille en Djibo n’a en revanche pas perdu le sens du devoir et des missions délicates. Il n’a pas rechigné lorsque la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) lui a demandé de prendre la tête de sa mission d’observation électorale pour la présidentielle en Guinée-Bissau, un scrutin consécutif au décès du président Malam Bacai Sanhá (en janvier) estimé essentiel pour la stabilisation politique et sécuritaire du pays.

Le 19 mars, au lendemain du premier tour (avant le coup d’État militaire, le second devait avoir lieu le 22 avril), le rapport préliminaire indiquait qu’il s’était déroulé « dans des conditions acceptables de liberté et de transparence », en soulignant des problèmes de logistique et des inquiétudes relatives à l’égalité d’accès aux médias publics. Un texte pondéré, précis et, surtout, aussi éloigné que possible des querelles politiciennes. À l’image de son chef de mission.

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