Politique
Niger : l’effet Issoufou

Cet article est issu du dossier

Niger : l’effet Issoufou

Voir tout le sommaire
Archives

Économie nigérienne : un optimisme à toute épreuve

Mis à jour le 13 avril 2012 à 13:32

Début de la production pétrolière, nouvelle politique agricole, investissements soutenus, lutte contre la mauvaise gouvernance… Les bases de la relance se consolident et la croissance s’envole. Durablement ?

Le Niger est sur un petit nuage. La croissance comme les investissements décollent, et, même s’il a son lot d’inquiétudes, même si rien n’est jamais acquis, le pays résiste vaillamment aux crises des voisins libyens, nigérians, maliens et fait ses preuves. C’est aussi l’occasion pour le Niger de montrer aux investisseurs étrangers qu’ils peuvent venir sans crainte miser sur un pays aux multiples atouts, mais qui manque de tout.

Le premier objectif du gouvernement est de diversifier les activités. Les recettes du pays sont très dépendantes des industries extractives, en particulier des mines d’uranium, alors que l’agriculture et l’élevage sont prédominants (80 % de la population en dépend) mais restent cantonnés à l’exploitation de subsistance et soumis aux aléas climatiques. Conséquence, le taux de croissance du PIB est extrêmement volatil, ainsi que l’a rappelé l’an dernier le Premier ministre, Brigi Rafini, dans son discours de politique générale : « Le taux de croissance du PIB est passé de 9,6 % en 2008 à – 0,9 % en 2009 pour remonter à 8 % en 2010. » La crise alimentaire qui sévit actuellement dans le nord du pays est une parfaite illustration du paradoxe nigérien. Niamey produit du pétrole depuis quelques mois, il devrait accéder au rang de deuxième producteur mondial d’uranium d’ici à 2015, il a distribué nombre de permis d’exploration aurifère, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit qu’il triplera ses exportations de matières premières d’ici à 2016… mais il est encore incapable de subvenir aux besoins de sa population.

Recettes. Pour y remédier, « le gouvernement a adopté un plan de développement ambitieux basé sur l’utilisation des revenus miniers et pétroliers pour réaliser des investissements publics dans les infrastructures, l’agriculture, la santé et l’éducation », souligne le FMI dans son rapport publié en décembre.

Parmi les signes positifs, dans la loi de finances 2012, le secteur agricole bénéficiera de 100,3 milliards de F CFA (153 millions d’euros), contre 21,8 milliards de F CFA en 2011. Un investissement majeur qui correspond notamment au lancement de l’initiative 3N (« les Nigériens nourrissent les Nigériens »), annoncée par le président Issoufou au lendemain de son élection.

Le pays peut par ailleurs compter dès cette année sur des revenus substantiellement supérieurs à ceux de 2011. De fait, le budget national 2012 prévisionnel est de 1 262 milliards de F CFA, contre 933 milliards de F CFA en 2011.

Si les nouvelles recettes liées aux investissements en cours dans les filières de l’uranium et de l’or n’arriveront pas avant 2016, les effets de la rente pétrolière devraient se faire sentir rapidement. La raffinerie de Zinder produit ainsi quotidiennement 15 000 barils d’essence, dont environ la moitié est consommée par les Nigériens, le reste étant exporté (Nigeria, et bientôt Mali et Burkina Faso). Auparavant, Niamey importait son essence et dépendait de la volatilité du cours du baril. Afin de ne pas étouffer les Nigériens, l’État subventionnait le prix à la pompe, ce qui lui coûtait entre 30 et 40 milliards de F CFA par an.

Le pays voisin a un atout de taille : il a pour voisin le plus grand marché d’Afriqaue de l’Ouest, le Nigeria.

À court terme, le secteur pétrolier deviendra un important contributeur de l’économie nationale. Le ministre de l’Énergie et du Pétrole, Foumakoye Gado, en estime les recettes à 115 millions d’euros pour l’État, une fois que le pays sera en mesure d’exporter sa nouvelle richesse. Pour l’heure, les champs d’Agadem n’ont pas atteint leur pic de production, qui devrait se situer entre 60 000 et 80 000 barils par jour, et Foumakoye Gado espère que la construction du pipeline de 600 km qui doit relier l’oléoduc tchadien à Agadem commencera d’ici à la fin de l’année. Les exportations de brut ne devraient pas démarrer avant 2013.

Services

L’État entreprend par ailleurs une réforme du secteur des services. « Le pays pourrait tout à fait connaître les succès du Burkina Faso, notamment dans les télécoms : comme lui, le Niger est enclavé et ils ont la même monnaie, explique Ousmane Diagana, responsable pays à la Banque mondiale. Grâce à sa stabilité politique et à un environnement des affaires plus sain, le Burkina attire plus d’investissements dans le tertiaire. En revanche, le Niger a un atout de taille face à Ouagadougou : il a pour voisin le plus important marché d’Afrique de l’Ouest, le Nigeria. » En l’occurrence, le gouvernement va publier prochainement un appel d’offres pour deux licences téléphoniques 3G et a décidé d’accélérer la renationalisation de l’opérateur Sonitel, détenu à 51 % par un consortium sino-libyen, qui n’a pas tenu ses engagements en termes d’investissements (lire p. 125). L’objectif de Niamey est de porter rapidement le taux de pénétration du téléphone mobile de 25 % en 2010 à 50 % d’ici à 2015.

Les défis sont lancés, et, dans les différents secteurs, les bailleurs internationaux répondent présent. Pour exemple, mi-mars, le fonds koweïtien de développement économique a accordé un prêt de 5 milliards de F CFA pour l’aménagement des 220 km de route reliant Arlit et Assamaka.

De son côté, l’État devra maintenir la cadence sur le front de l’amélioration de l’environnement des affaires, sans oublier celui du développement social et de l’insertion, notamment des jeunes, sachant que près de 85 % de sa population a moins de 35 ans. Car, ainsi que le soulignait il y a tout juste un an dans les colonnes de Jeune Afrique Marou Amadou, alors président du Conseil consultatif national et désormais ministre de la Justice : les Nigériens n’accepteront pas un état permanent de misère.