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Cet article est issu du dossier «Niger : l'effet Issoufou»

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Politique

Le défi touareg à la mode nigérienne

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Ex-chefs rebelles lors du forum Paix et développement en janvier.

Ex-chefs rebelles lors du forum Paix et développement en janvier. © AFP

Avec le retour des mercenaires du « Guide », la rébellion a repris dans le nord du Mali. Des effets que Niamey a réussi à éviter sur son territoire. Quelles sont les recettes nigériennes ?

Pourquoi la rébellion touarègue du Nord-Mali ne s’est-elle pas propagée au Nord-Niger ? « Parce que l’armée nigérienne quadrille mieux son territoire que l’armée malienne », répondent les autorités de Niamey. Pas faux. « Au Mali, quand une rébellion éclate, le pouvoir cherche tout de suite à négocier. Au Niger, le pouvoir combat d’abord et négocie ensuite », explique un diplomate en poste à Niamey.

De fait, lors de la dernière guerre, entre 2007 et 2009, les rebelles du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ) d’Agaly Alambo n’ont jamais pris une ville et n’ont pas pu s’installer durablement dans le massif montagneux de l’Aïr. Est-ce un héritage du général Kountché ? Tandja a joué la fermeté et a fini par obliger le MNJ à signer la paix. « Beaucoup de Touaregs gardent un mauvais souvenir de ce conflit, confie un de leurs frères d’Agadez. Ça s’est fini par une débandade, et seuls les chefs du MNJ ont profité de l’argent que Kadhafi a versé pour garantir la paix. » Autant dire que ces anciens chefs rebelles sont discrédités aux yeux de beaucoup de leurs hommes.

Autre facteur de paix : l’intégration des « hommes bleus » dans la société nigérienne. À l’image de cet enfant d’Iferouane, Brigi Rafini, qui est devenu Premier ministre du Niger (lire encadré). C’est précisément à Iferouane qu’a éclaté la révolte de 2007 ! Trois autres figures de la communauté touarègue occupent aujourd’hui des postes à responsabilités. Mohamed Anako, ancien rebelle des années 1990, a été élu l’an dernier à la présidence du conseil régional d’Agadez. Rhissa Ag Boula, autre rebelle historique, siège au même conseil. Rhissa Feltou, neveu du mythique Mano Dayak, est quant à lui le nouveau maire d’Agadez (et conseiller du président). Organisées par la junte du général Salou Djibo, les élections locales de janvier 2011 ont été un moteur de fusion. Pour que les collectivités locales du Nord ne soient pas des coquilles vides, le président Mahamadou Issoufou a organisé en janvier dernier, près d’Arlit, un Forum Paix et Développement. À ses interlocuteurs touaregs, il a promis un plan pluriannuel doté de 1 000 milliards de F CFA (1,5 milliard d’euros).

Jamais seul. Mais le secret de la pax nigerana se trouve aussi à Tripoli et… à Paris. « La chance du Niger, estime notre diplomate de Niamey, c’est que les Touaregs de ce pays ne sont pas, à la différence de leurs frères du Mali, des vétérans de l’armée libyenne. Au Nord-Niger, il n’y a donc pas l’équivalent d’un Mohamed Ag Najim », cet ex-colonel de l’armée libyenne qui commande aujourd’hui, au Nord-Mali, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA).

Autre paramètre, l’uranium. Pour la France, l’exploitation de la mine d’Arlit est indispensable au fonctionnement de son parc nucléaire civil et militaire. Vu de Paris, le Nord-Niger est beaucoup plus stratégique que le Nord-Mali. Pour réduire une rébellion au Nord-Niger, Niamey n’est donc jamais seul. Reste que, si la terre tremble au Nord-Mali, le Niger n’est pas à l’abri d’une réplique. 

Brigi Rafini, enfant d’Iferouane et du Niger

Pour beaucoup, sa nomination à la tête du gouvernement était un pur symbole. Né à Iferouane (Agadez), Brigi Rafini, 59 ans, est touareg. C’est aussi un homme doté d’une longue expérience au service du pays que le président Issoufou a choisi. Diplômé de l’École nationale d’administration de Niamey, il a été sous-préfet de Dosso et de Keita, d’où Seyni Kountché l’appela pour le nommer secrétaire d’État à l’Intérieur en 1987. Rapporteur du Conseil des sages après le coup d’État de Maïnassara en 1996, Rafini assura aussi la vice-présidence du Conseil consultatif national au lendemain du putsch de 1999. Député-maire d’Iferouane et vice-président de l’Assemblée nationale de 2004 à 2009, il quitte le Rassemblement pour la démocratie et le progrès, lui reprochant de soutenir le Tazartché, et rejoint le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme d’Issoufou. Cécile Manciaux

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