Politique

Un haut dirigeant d’Ennahdha « emmené vers un lieu inconnu » après la vague d’arrestations

Noureddine Bhiri a été arrêté le 13 février au soir, de même que le directeur de Mosaïque FM, Noureddine Boutar. Le cadre du parti islamo-conservateur tunisien était sous surveillance après une première interpellation l’an passé.

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Mis à jour le 14 février 2023 à 12:30

Noureddine Bhiri, en septembre 2022, à Tunis, à l’extérieur des quartiers généraux de la brigade anti-terrorisme. © Chedly BEN IBRAHIM / Hans Lucas.

Le haut dirigeant du parti tunisien islamo-conservateur Ennahdha, Noureddine Bhiri, et le directeur de Mosaïque FM – radio privée très écoutée en Tunisie –, Noureddine Boutar, ont été arrêtés dans la soirée du lundi 13 février, selon la formation politique et le média.

Ces arrestations surviennent dans le cadre d’un coup de filet lancé ce weekend par les services de sécurité tunisiens et au cours duquel des militants politiques, d’anciens magistrats et un influent homme d’affaires ont été interpellés. Selon des médias locaux, ces personnes sont soupçonnées « de complot contre la sûreté de l’État ». Au sein de l’opposition, certains estiment que cette vague d’arrestation a vocation à faire diversion à l’heure où le président Kaïs Saïed rencontre une forte baisse de popularité après des élections législatives marquées par une abstention record et que le pays connaît d’importantes difficultés économiques.

Déjà arrêté, Bhiri était sous surveillance

Le cadre d’Ennahdha, âgé de 64 ans et qui fut notamment le chef du groupe du parti à l’Assemblée entre 2014 et 2020, a été arrêté et « emmené vers un lieu inconnu » lors d’une descente de police à laquelle ont participé une centaine d’agents à son domicile à Tunis, a indiqué un porte-parole d’Ennahdha, Abdelfattah Taghouti. Cet ancien ministre de la Justice avait déjà été détenu pendant plus de deux mois au début de 2022, cinq mois après le coup de force de Kaïs Saïed, qui avait suspendu le Parlement contrôlé par Ennahdha et s’efforce depuis de le marginaliser.

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Il avait cessé de s’alimenter dès son arrestation et cessé de prendre ses médicaments avant d’accepter d’être perfusé dans un hôpital où il avait été transféré en état de détention. Malgré sa remise en liberté, Bhiri faisait toujours l’objet d’une enquête pour des soupçons de « terrorisme », selon les autorités.

Anciens magistrats, homme d’affaires, opposants…

Samedi, la police tunisienne avait arrêté l’homme d’affaires Kamel Eltaïef, très influent dans les milieux politiques et longtemps l’éminence grise du président déchu Zine el Abidine Ben Ali, ainsi que deux opposants, Abdelhamid Jelassi, ex-dirigeant d’Ennahdha et un militant politique, Khayam Turki, ainsi que deux anciens magistrats.

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Homme de l’ombre, Eltaïef, 68 ans, est vu par de nombreux Tunisiens comme l’un des symboles de la corruption depuis les années de Ben Ali. Lobbyiste avec de solides connexions diplomatiques, il a fait et défait des carrières dans la police et sur la scène politique.

(avec AFP)