Politique

Libye – Chokri Ghanem : mort en eaux troubles

Le cadavre du libyen Chokri Ghanem a été retrouvé dans le Danube à Vienne (Autriche). © Fethi Belaid/AFP

Accident, suicide, exécution ? Le décès « par noyade » du libyen Chokri Ghanem, cacique du régime Kadhafi qui avait retourné sa veste, soulève de nombreuses interrogations.

Les eaux sombres du Danube ont emporté le dernier souffle et les ultimes secrets de l’ex-maître libyen de l’or noir. Le corps de Chokri Ghanem, 69 ans, influente figure de la Jamahiriya de Kadhafi, a été retrouvé le 29 avril flottant non loin de la plage de Copa Cagrana, haut lieu des nuits viennoises. Accident ? Suicide ? Exécution ? Selon les premiers ­éléments de l’autopsie, rien ne permet de conclure à une mort violente. Mais le défunt avait de ­nombreux ennemis, et la position éminente qu’il occupait au sein du régime déchu faisait de lui le ­gardien de dossiers ultrasensibles.

Ami de Seif

Alors qu’en France sourd le scandale d’un possible financement par la Libye de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007, cette mort en eaux troubles suscite bien des interrogations. Chef du gouvernement libyen de 2003 à 2006 avant d’être nommé ministre du Pétrole et président de la National Oil Corporation (NOC) jusqu’à sa défection en mai 2011, Ghanem contrôlait des milliards de dollars et les colossales ressources pétrolières de Libye convoitées par les majors d’Occident et d’Orient. Le 2 mai dernier, le procureur général de Tripoli a révélé qu’il faisait l’objet d’une enquête pour corruption.

Directeur des recherches de 1993 à 2001, puis représentant de la Libye à l’Opep jusqu’en 2011, Ghanem était un familier de la capitale autrichienne, où se trouve le siège de l’institution. C’est là qu’il s’était lié d’amitié avec Seif el-Islam Kadhafi – à l’époque étudiant -, héritier putatif du colonel, aujourd’hui incarcéré en Libye. Et c’est à Vienne qu’après avoir déserté les rangs des fidèles de Kadhafi il avait trouvé asile auprès de l’une de ses filles, titulaire de la nationalité autrichienne.

La thèse de l’accident

Devant l’intérêt international que suscite cette fin dramatique, la justice autrichienne a décidé de ne pas écarter la piste criminelle et vient d’ouvrir une enquête dans ce sens, alors même que les résultats des analyses toxicologiques ne sont pas encore connus.

Dans la presse locale, les hypothèses se multiplient. On a d’abord affirmé que l’ancien ministre ne savait pas nager, accréditant la thèse de l’accident. Puis suggéré qu’un malaise pouvait être à l’origine de sa noyade, cet homme à la santé fragile ayant déclaré ne pas se sentir bien quelques heures auparavant. Enfin, le journal Die Presse n’a pas manqué de rappeler les liens étroits qu’entretenaient depuis les années 1970 le clan Kadhafi et le Parti autrichien de la liberté (FPÖ), un parti ultranationaliste auquel le « Guide » aurait fait verser plusieurs dizaines de millions d’euros… 

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Laurent de Saint Périer, avec Gwénaëlle Debout, à Berlin

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