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Cet article est issu du dossier «Pointe-Noire : identités plurielles»

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Culture

Pointe-Noire : Diosso, un patrimoine en sursis

Le bâtiment a été construit en 1952 pour Moe Poaty III, souverain de 1931 à 1975. © Muriel Devey

À 25 km de Pointe-Noire, l'ancienne capitale du royaume de Loango abrite l'unique musée du Congo. Un lieu hautement symbolique et menacé, faute de moyens.

Le petit dépliant polycopié du musée Mâ Loango de Diosso donne le ton : « Horaires d’ouverture : samedi, dimanche de 10 heures à 17 heures. Du lundi au vendredi, consultez le conservateur. » Suivent trois numéros de téléphone. Ce samedi matin, un bouchon et un péage plus tard, Joseph Kimfoko-Madoungou, le conservateur en chef, a trouvé « une occasion », c’est-à-dire un moyen de transport qui le conduit directement à son bureau.

Arrivé à Diosso, le véhicule s’engage sur une piste envahie d’herbe, un peu à l’écart de la petite localité. Au bout, une cour, des palmiers, des manguiers, de la brousse aussi et, au milieu du décor, une modeste bâtisse de plain-pied, fatiguée. Les murs blancs sont défraîchis, le balcon et les fenêtres en bois peints en vert. La maison a été construite en dur en 1952 pour Moe Poaty III, roi de Loango (Mâ Loango) de 1931 à 1975. Son architecture rappelle celle d’un entrepôt de Loango où, du temps de l’esclavage, les captifs étaient entassés avant d’être vendus aux marchands européens. Derrière la bâtisse, on aperçoit trois annexes à l’abandon où vivaient les épouses du souverain.

Esclaves

Le musée a été inauguré en avril 1982. « Il a fallu un grand travail de collecte d’objets à travers tout le Congo », explique Joseph Kimfoko-Madoungou. Dans les six salles d’exposition, le visiteur découvre la longue histoire du royaume de Loango, qui devint un protectorat français en 1883, et les conséquences de ce changement. Le musée est aussi une mine d’informations et de témoignages sur le commerce triangulaire, dont Loango fut l’un des lieux les plus actifs, du XVIe au XIXe siècle. Verroterie, pots en grès ou en faïence, tissus, fusils… On peut voir ce qui était échangé contre les millions d’esclaves venus des zones qui constituent aujourd’hui le Tchad, l’Angola, le sud du Gabon, la RD Congo et le Congo. Certains accords commerciaux se traitaient sur le port de Loango, d’autres chez le Mâ Loango, à Diosso.

Quelques effets personnels de Moe Poaty III sont exposés : le drapeau du royaume, deux vestes en mauvais état, un béret, des lunettes, un pagne en raphia tressé… et la photocopie du passeport français qui lui fut délivré en 1954 où, à la rubrique « Profession », est écrite cette mention : « Roi ». Le musée expose aussi des produits européens découverts à Diosso, dont la plupart remontent au XVIIIe siècle. On y observe également l’essentiel de ce qui caractérise les différents peuples du Congo : sculptures, ustensiles, anciennes monnaies locales, instruments de musique, poteries datant du XIXe siècle, etc.

Le musée Mâ Loango intéresse surtout les étrangers et les élèves des écoles. Il accueille 400 visiteurs par mois en moyenne, avec une pointe d’affluence en mai, juin et juillet. « Vu nos conditions de travail, c’est beaucoup », constate Joseph Kimfoko-Madoungou. Selon lui, la pérennité du musée est menacée. D’abord, le bâtiment nécessite des travaux de rénovation. Ensuite, en l’absence de transports en commun, sa localisation réduit son accessibilité, pour les visiteurs ponténégrins comme pour le conservateur et ses deux collaborateurs. 

Termites

Mais le problème le plus alarmant reste celui de la conservation. « Nous avons bien du mal à protéger les objets organiques, qui sont attaqués par les termites, explique Kimfoko-Madoungou. Pour y remédier, nous utilisons les moyens du bord, tels que le xylophène à pulvériser. » Il faudrait que le musée soit au moins équipé de quelques vitrines pour préserver les objets les plus fragiles. Un minimum qu’il ne peut, avec un budget mensuel de 100 000 F CFA (152 euros), malheureusement pas s’offrir. 

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