Société

Mariage gay : les Noirs américains font de la résistance

Les Africains-Américains restent majoritairement hostiles à l’union de deux personnes du même sexe. Pourtant, peu à peu, les choses changent, comme l’ont montré les récentes déclarations du président Barack Obama.

Mis à jour le 6 juin 2012 à 16:11

Des homosexuelles de Seattle remercient leur président. © Elaine Thompson/AP/SIPA

Le mariage gay divise l’Amérique comme jamais. Au lendemain de la prise de position historique de Barack Obama en sa faveur, un sondage révèle que 43 % des Américains y restent opposés, tandis que 47 % s’y déclarent favorables. Les Africains-Américains sont de loin les plus réticents. Selon le même sondage, ils seraient moins de 35 % à approuver le same-sex marriage. La raison essentielle ? L’influence qu’exercent les différentes Églises sur cette communauté.

À de très rares exceptions près, les pasteurs africains-américains ont en effet du mariage une vision traditionnelle, excluant totalement l’union de deux personnes de même sexe. Ils n’ont donc que fort peu apprécié l’annonce d’Obama – très croyant lui-même -, qui, deux heures après son interview sur ABC, a pris soin d’appeler huit d’entre eux pour leur expliquer sa position.

Certains s’indignent que la lutte pour le mariage gay puisse être comparée au combat pour les droits civiques dans les années 1960. « À la différence des Noirs, les homosexuels n’ont jamais été esclaves dans ce pays. Oublier ça, c’est manquer gravement de respect à la communauté africaine-américaine », rappelle un leader d’opinion. Volontairement ou non, ces réfractaires apportent de l’eau au moulin des lobbys anti-mariage gay, comme la puissante National Organization for Marriage. La stratégie avouée de cette dernière est précisément d’agrandir le fossé entre Noirs et gays, deux communautés par ailleurs très majoritairement démocrates.

Mythe brisé

Le same-sex marriage n’est le principal sujet de préoccupation que pour… 7 % des Américains. Loin, très loin, derrière l’économie.

Mais les choses commencent à changer. Des personnalités noires comme le rappeur Jay-Z, l’actrice Mo’Nique ou le maire de Newark, Corey Booker, ont affiché leur soutien au mariage homosexuel. En février, l’État du Maryland l’a in extremis légalisé, grâce aux voix de représentants noirs. Et le 20 mai, la NAACP, la grande organisation de défense des droits civiques, a fini à son tour par y apporter son soutien. Pour Julian Bond, son ancien président, « le mythe selon lequel la communauté noire serait hostile au mariage gay est bel et bien brisé ».

Lors de la présidentielle de novembre, les électeurs noirs ne devraient a priori pas faire payer à Obama sa courageuse prise de position sur la question. Ni l’ensemble des Américains, même si rien n’est acquis. Après tout, à en croire le même sondage, le same-sex marriage n’est le principal sujet de préoccupation que pour… 7 % des Américains. Loin, très loin, derrière l’économie.