Société

Roman : moi, Aminata, esclave…

Le romancier canadien Lawrence Hill évoque une page peu connue de la traite négrière : l’arrivée de milliers d’Africains en Nouvelle-Écosse.

Mis à jour le 12 juin 2012 à 17:28

Aminata, de Lawrence Hill, trad. par Carole Noël, Présence africaine, 568 pages, 20 euros. © D.R.

L’Afrique, Aminata ne sait même pas où c’est. La première fois qu’elle en entend parler, elle a à peine 11 ans et vient de passer de longues semaines à bord d’un navire négrier qu’une lourde odeur de décomposition signale à tous ceux qui s’en approchent. Nous sommes en 1757. Arrachée à son village par des trafiquants d’esclaves, vendue et marquée au fer rouge sitôt arrivée en Caroline du Sud, la gamine rebelle et entêtée n’a déjà qu’une idée en tête : rentrer chez elle. C’est un homme croisé au bord d’un chemin qui, pour la première fois, lui parle de ce « pays » où elle est née. « L’Afrique, rétorque-t-elle, qu’est-ce que c’est ? […] Je suis une Bambara. Et une Peule. Je viens de Bayo, près de Ségou. Je ne suis pas ce que tu dis. Je ne suis pas une Africaine. »

Celui qui raconte son histoire, dure et émouvante, c’est le romancier canadien Lawrence Hill. Il décrit le meurtre brutal de ses parents et la mort de ses compagnons d’infortune à bord de ce bateau qui pue autant que « l’anus d’un lion ». Il dit la difficulté du travail dans la plantation d’indigo, la brutalité imbécile des propriétaires d’esclaves et ces quelques mains tendues qui permettront à Aminata de s’affranchir du joug des « Boukras », les Blancs.

Lawrence Hill a le mérite d’évoquer une page méconnue de la traite des esclaves : l’arrivée en Nouvelle-Écosse – actuel Canada – de plusieurs milliers de Noirs qui ont pris fait et cause pour les Britanniques au lendemain de la guerre d’indépendance américaine et dont les noms furent soigneusement consignés dans le registre qui donna son nom à la version anglaise du roman (The Book of Negroes, paru en 2007). Le récit est bien écrit, à défaut d’être d’une originalité folle, et emmène le lecteur jusqu’à cette terre où, à la toute fin du XVIIIe siècle, affluent déjà des centaines d’esclaves affranchis : la Sierra Leone.