Politique

Françafrique ou Afrique-Afrique ?

Mis à jour le 12 juin 2012 à 17:43
Tshitenge Lubabu M.K.

Par Tshitenge Lubabu M.K.

Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l'Afrique centrale et de l'Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.

François Hollande est bel et bien le nouveau président français, même s’il porte le nom d’un autre pays. Logiquement, il aurait dû s’appeler François France. Tant pis. Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi les Africains ont passé des jours et des nuits entiers à se demander si le nouveau chef gaulois allait ou non terrasser la Françafrique. Bigre ! Il ne manquerait plus que cela ! Comme si les compatriotes de Hollande l’avaient élu pour la défense et l’illustration de l’Afrique. Mais c’est quoi, même, la Françafrique – ou Françafric -, qui pousse les Africains, certains Africains, à s’enfermer dans un véritable ilotisme et à courir après une ombre ? À en croire les experts, cette Françafric est composée d’une bande de méchants Gaulois ou assimilés qui entretiennent des relations mafieuses avec nos brillantissimes-excellentissimes chefs d’État, à l’insu, comme dirait ce cycliste analphabète, « de leur plein gré ». Conséquence : nos pays progressent à reculons.

J’ai le sang qui me monte à la tête. Et je dis : « Frère africain hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton oeil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l’oeil du Gaulois françafriquien ! » C’est une interprétation très libre du verset d’un certain saint Matthieu qui, je n’en doute point, me garantit un aller simple en enfer. Françafrique par-ci, Françafrique par-là… Vous voulez, chers Africains, qu’on vous aime, vous plaigne, vous dorlote. Que papa Hollande vous délivre du mal, ainsi soit-il ! Las, vous oubliez l’essentiel : l’Afrique-Afrique !

L’Afrique-Afrique ? C’est ce qui se passe à Bamako, où des crétins ont osé molester Dioncounda Traoré, le président intérimaire du Mali, 70 ans. Chez nous, un aîné, un ancien, mérite le respect et on ne peut, sous aucun prétexte, lever la main sur lui. Comme s’il n’y avait pas eu assez de coups d’État militaires depuis cinquante ans, des soudards maliens, se prenant pour des messies, ont renversé, en mars, Amadou Toumani Touré. Le putschiste en chef, en guise de remerciement, a été élevé au rang d’ancien chef d’État ! L’Afrique-Afrique ? C’est Mugabe qui a ruiné son pays et opprime son peuple. C’est la soldatesque de Guinée-Bissau qui a pris ce petit pays en otage, ou Afewerki qui a transformé l’Érythrée en prison. Que dire de ceux qui violent la Constitution, truquent les élections, pour continuer, jusqu’à la mort, à goûter aux délices du pouvoir ? Que dire de ces maires dont les villes sont des poubelles ?

Du policier ou du militaire qui rackette la population, du fonctionnaire qui vide les caisses de l’État, de l’hôpital sans médecins ni équipement ? L’Afrique-Afrique, c’est notre fatalisme, la démission collective, nos compromissions, notre incurie, notre faculté à relativiser l’essentiel. Ce sont nos dirigeants transformés en gangsters, notre propension à ne pas croire en nos capacités, à penser que l’excellence est ailleurs. C’est notre obséquiosité envers toute autorité, nos rires Banania pour prouver à l’Occidental que nous sommes la joie permanente. Cette Afrique-Afrique est notre principale ennemie. Ma grand-mère luba me disait : « Tshishi tshidiadia lukunda tshidi munda mua lukunda » (« le charançon qui mange le haricot est dans la graine même »). Françafrique ? Blablabla