Culture

Arts plastiques : Monopoly marocain

Alec Monopoly ne cache pas son envie de collaborer avec des artistes marocains © D.R.

Après deux mois de résidence au Maroc, l'artiste américain Alec Monopoly, figure mondiale du graffiti, présente son travail à la Galerie 38 de Casablanca. Une première dans un pays où la peinture urbaine reste un art méconnu.

Alec Monopoly a une gueule d’ange, mais comme celle de Banksy, son mentor, vous ne la verrez pas. Né en 1985, cet Américain protège jalousement son visage. Et son anonymat. À peine, au cours de l’entretien, daignera-t-il livrer son véritable prénom, Alexander. À New York, sa ville d’origine, mais aussi à Los Angeles, où il vit depuis six ans, Alec Monopoly est pourtant connu comme le loup blanc. Réalisées à Manhattan ou Beverly Hills, ses oeuvres les plus emblématiques ont fait le tour d’internet, comme ces canons de M-16 d’où pointent des bouquets de fleurs ou ces portraits aux couleurs psychédéliques de Jack Nicholson et Bob Dylan. D’autres sont devenues des lieux de pèlerinage, à l’image de cette fresque de 30 m réalisée cette année pour un célèbre restaurant de Manhattan. « Ça a été un buzz monstrueux, toute la presse en a parlé, s’enthousiasme Alec Monopoly. Chaque jour, des centaines de personnes se postaient sur le trottoir pour suivre mon travail. »

Coqueluche des médias et du monde de l’art – ses collectionneurs s’appellent Adrien Brody, Benicio Del Toro et Robert de Niro -, Alec Monopoly est un artiste d’une rare précocité. À 21 ans, il réalise sa première exposition dans la villa du magnat de l’immobilier Donald Trump. Quatre ans plus tard, son premier show en solo à New York fait la une des journaux et se solde par une course-poursuite avec la police dont il réchappe de justesse. « Ils m’avaient repéré en train de dessiner la veille, à quelques blocs de la galerie. » Entre-temps, en réaction à la crise économique, l’artiste emprunte le nom et les traits de M. Monopoly, le bonhomme à moustache et haut-de-forme, effigie du jeu de société éponyme. « C’est une figure populaire qui symbolise Wall Street, Bernard Madoff et le pouvoir de la finance, explique-t-il. En reprenant ce personnage en 2008, j’ai voulu créer une sorte d’exutoire dans lequel beaucoup de gens se sont retrouvés. » Le succès est immédiat. Reproduit dans le monde entier, avec un cigare ou des liasses de dollars, M. Monopoly hisse le jeune homme de 23 ans au panthéon des street artists.

"Le Maroc n’est pas épargné par la crise"

Alec Monopoly n’avait jusqu’à présent jamais été exposé sur le continent africain, sa venue est un événement en soi. L’idée d’un show au Maroc lui est venue de son agent, Rachid Kallamni, fils d’émigrés marocains atterris aux États-Unis dans les années 1990. « Je ne connaissais pas le Maroc et le projet de résidence m’a tout de suite emballé. J’étais à Londres, et le lendemain, j’ai pris le premier vol pour Casablanca. » Pendant deux mois, en août 2011 et mai 2012, Alec Monopoly travaille dans un hangar de la place El-Yassir, dans le quartier Belvédère. Il y réalise une quarantaine de tableaux inspirés du Maroc. Le haut-de-forme de M. Monopoly est devenu un tarbouche, ses icônes pop dépeignent Bob Marley et Jimmy Hendrix, « deux artistes amoureux du Maroc ». Quant aux coupures de presse qui parsèment ses toiles, elles proviennent de journaux marocains. « Je ne choisis pas n’importe lesquelles. Il faut qu’elles soient en rapport avec l’économie et la situation du pays où je suis. Le Maroc n’est pas épargné par la crise et je veux que mes oeuvres reflètent le contexte dans lequel vit mon public. »

« Le travail d’Alec Monopoly est malin, provoquant et très bien fait techniquement, souligne Simo Chaoui, directeur de la Galerie 38. Il enjambe toutes les cultures et permet de faire connaître le street art dans un pays où peu de gens s’intéressent à la peinture urbaine. » Vendues entre 2 000 et 15 000 dollars (1 600 à 12 000 euros), les oeuvres d’Alec Monopoly ont créé la surprise dans un marché étroit où les collectionneurs sont majoritairement attirés par l’art abstrait. « Beaucoup de toiles ont été achetées avant le début de l’exposition, poursuit Simo Chaoui. Ce n’est pas la clientèle habituelle, les collectionneurs sont plus jeunes et moins frileux. Ça prouve que la demande existe et que le marché ne se résume pas aux modernes. »

S’il a travaillé seul au cours de sa résidence, Alec Monopoly ne cache pas son envie de collaborer avec des artistes marocains. « Tout dépendra des rencontres, mais l’envie est là. On m’a parlé des Abattoirs, une friche culturelle où certaines personnes font un travail formidable. » Après le Maroc, l’artiste fera un crochet par Berlin où, avec le photographe de mode Michel Comte, il tourne un film en 3D dans lequel il prévoit de réaliser sur un barrage le plus grand graff du monde. Quant aux souvenirs qu’il ramènera du Maroc, Alec Monopoly en partage volontiers un : « Un soir, j’étais dans le quartier Bourgogne en train de dessiner sur un mur. Des policiers sont arrivés et j’ai cru qu’ils allaient m’emmener au poste. En fait, ils étaient juste curieux et voulaient savoir si j’avais assez de peinture pour terminer mon dessin ! C’est une chose impensable aux États-Unis. » Une pause et il résume : « Un instant, je me suis cru au paradis du street art. »

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