Politique

D’où viennent les « soldats blancs » vus à Goma, en RDC ?

Le quotidien allemand « Die Tageszeitung » affirme que des militaires de type caucasien se sont installés dans l’est de la RDC.

Mis à jour le 17 janvier 2023 à 17:59
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

Vingt ans après la sortie du film Moi et mon Blanc de Pierre Yaméogo, la tendance est plutôt au « Lui et son Blanc », chacun dénonçant les accointances de tel ou tel responsable d’Afrique francophone avec des militaires de type caucasien.

Comme dans le jeu de société « Qui est-ce ? », le but est de procéder par élimination : on identifie des Européens présumés dans des clichés pris au Mali, en Centrafrique ou au Burkina, et on les catalogue – selon leur nationalité et leur bataillon présumés – dans le camp de Paris ou dans celui de Moscou. Petit cas particulier dans la règle du « cherchez le Blanc » : le mercenaire de Wagner compte médiatiquement double.

À Lire RDC-Russie : le groupe Wagner tente-t-il de s’implanter chez Félix Tshisekedi ?

C’est dans ce contexte que des spéculations vont bon train sur la présence de paramilitaires russes dans l’est de la RDC, aux côtés des Forces armées nationales (FARDC). Des rumeurs relayées par le réseau des rebelles du M23

Ancien légionnaire français

Au milieu de cet énième embrouillamini, la presse tente de séparer le bon grain factuel de l’ivraie propagandiste. Sur le dossier congolais, c’est Die Tageszeitung qui vient de s’y coller. Photos à l’appui, le quotidien allemand a révélé qu’une centaine d’hommes blancs ont pris leurs quartiers, fin décembre, dans l’hôtel Mbiza du centre-ville de Goma, établissement fréquenté par des unités spéciales de l’armée congolaise et surveillé par des soldats de la garde républicaine.

En termes de casting, les journalistes ont notamment identifié Horatiu Potra, un ancien de la Légion française connu sous le nom de guerre de « lieutenant Henry ». Présent entre la République centrafricaine et la RDC depuis les années 1990, le mercenaire roumain aurait, par le passé, émargé dans les listes du groupe paramilitaire russe Wagner…

Wagner, épouvantail

« Wagner » : le nom est lâché, véritable épouvantail qui effarouche toutes les chancelleries des pays affiliés à l’OTAN… En réalité, un prestataire de sécurité venu d’Europe de l’est opérait déjà dans le chef-lieu du Nord-Kivu : la société Agemira, enregistrée en Bulgarie, qui assure la maintenance d’aéronefs pour la Force aérienne congolaise, appareils notamment de marque russe Soukhoï et pilotés par des Géorgiens.

Le « contingent » de Noël d’Horatiu Potra a-t-il débarqué sous la bannière d’Evgueni Prigojine ? Non sans marteler que son pays « est en droit d’organiser sa défense », Patrick Muyaya, le ministre congolais de la Communication, précise que « la RDC ne peut recourir à une milice pour des problèmes de milices ». Une manière de noyer le poisson et de tacler le M23 sans le citer.

Les propos de Patrick Muyaya slaloment quelque part entre les récents remerciements du ministre de la Défense Gilbert Kabanda à la Russie, pour son soutien au combat contre les rebelles, et le refus déclaré du président Félix Tshisekedi de reconnaître tout recours à des mercenaires.

Les autorités congolaises insistent sur le fait qu’étiquetés « Wagner » ou non, les militaires blancs présents en RDC n’ont pas vocation à combattre. Le M23 affirme, de son côté, qu’un homme de type caucasien aurait été tué sur le front, le 30 décembre, à Karenga…