Société

Hajj 2023 : l’Arabie saoudite fait tout pour faire revenir les pèlerins en masse

Fin des restrictions, extension des visas touristiques, baisse des prix, autorisation des pèlerinages sans mahram pour les musulmanes… Après la pandémie, le royaume saoudien mise sur 2023 pour relancer le pèlerinage à La Mecque, qui reste pour lui une manne financière.

Mis à jour le 17 janvier 2023 à 15:56

Visité par des millions de musulmans chaque année pour le pèlerinage et la Omra, Masjid al-Haram est considéré comme l’un des exemples les plus importants de l’architecture islamique. © Hani Alshaer / ANADOLU AGENCY / AFP

« Afin de promouvoir la compétitivité, les délégations de pèlerins pourront à partir de cette année choisir parmi plusieurs entreprises au lieu d’une seule », a annoncé le 9 janvier le ministre saoudien du Hajj et de la Omra, Tawfiq ben Fawzan Al-Rabiah, évoquant le pèlerinage qui aura lieu à la fin du mois de juin.

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Véritable fiasco en 2022, la plateforme Motawif, qui devait permettre de centraliser les demandes et aurait dû être le seul et unique moyen de réserver son pèlerinage, a été mise de côté cette année. Le ministre a également précisé la fin des restrictions sur le nombre de pèlerins, avec pour objectif de retrouver les chiffres d’avant pandémie. Celle-ci avait largement entravé la tenue de l’évènement – avec moins d’un million de pèlerins en 2022 contre 2,5 millions en 2019 – et conduit à une augmentation en flèche des prix en 2022. Au Maroc, les frais avaient ainsi augmenté de 17 000 dirhams entre 2022 et 2021.

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Pour 2023, les premiers tarifs affichés pour les résidents du royaume wahhabite sont, au minimum, de 3 984 riyals, soit près de 980 euros. L’Arabie saoudite, qui a déjà ouvert les inscriptions, propose quatre gammes de prix, allant jusqu’à 11 841 riyals, soit 2 900 euros. C’est une réduction de taille pour les Saoudiens, pour qui l’entrée de gamme en 2022 s’élevait à plus de 10 000 riyals. Quinze délégations ont signé des accords avec le ministère du Hajj saoudien en marge de l’exposition « Hajj Expo », dont le Maroc, l’Égypte, le Sénégal, le Ghana ou encore le Tchad. Objectif : faciliter l’accès à La Mecque aux pèlerins, et éviter les mécontentements liés aux restrictions et augmentations tarifaires des années précédentes.

Hausse des prix

De nombreux croyants désireux d’effectuer le pèlerinage appréhendent d’ores et déjà le prix. En 2022, le coût du hajj s’élevait à près de 8 000 euros au minimum pour les Français et plus de 60 000 dirhams – 5 400 euros – pour les Marocains. Même pour la omra, petit pèlerinage qui peut être effectué tout au long de l’année, des internautes racontent sur les réseaux sociaux être contraints de reporter leur voyage pour des raisons financières.

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Les critiques se méfient en particulier des agences de voyage, autorisées à nouveau cette année à proposer leurs services, et se partagent des bons plans pour réduire leurs coûts en multipliant les étapes ferroviaires et aériennes. « Partez par vos propres moyens sans passer par une agence », conseille un internaute sur un groupe Facebook dédié, en décembre 2022. « Partir seul (…), la meilleure solution », renchérit un autre.

Tourisme religieux

Pilier obligatoire de l’islam pour tous les croyants en bonne santé et en capacité financière de le faire, le Hajj prévoit de nombreux déplacements : il faut se rendre au Mont Arafat, dans la vallée de Muzdalifah, à Mina…

Pour le royaume saoudien, le tourisme religieux autour du pèlerinage est un enjeu économique primordial et, après les millésimes difficiles de la période Covid, l’État construit à tour de bras complexes hôteliers, nouvelles lignes de transport – comme le métro aérien – et autres infrastructures. L’objectif est de développer cette manne financière, l’une des priorités du plan Vision 2030 de Mohammed Ben Salman.

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Le destin du pont Jamarat de Mina, lieu du rituel de la lapidation pour les pèlerins, illustre bien cette évolution : édifié en 1975, il a été le théâtre de bousculades mortelles au cours des années en raison de l’afflux trop important. Il a été détruit en 2006 et remplacé par un nouveau complexe à 12 étages capable d’accueillir près de 600 000 personnes par heure, climatisé et équipé de jets d’eau et d’héliports.

En 2023, le ministère du Hajj et de la Omra a annoncé plusieurs autres nouveautés qui devraient permettre de rendre le pèlerinage plus attractif. Le visa délivré à l’occasion du pèlerinage sera valable durant 90 jours au lieu de 30, et permettra d’accéder à toutes les villes du royaume, contrairement aux années précédentes où les musulmans ne pouvaient se rendre que dans la zone de pèlerinage.

Premier pèlerinage sans mahram

Ces décisions viennent s’ajouter à celle prise par le ministre du Hajj, Tawfiq Ben Fawzan Al-Rabiah, d’autoriser les musulmanes à effectuer leur grand pèlerinage – le Hajj – ou petit – la Omra – sans être accompagnées d’un homme, le mahram.

Une première pour le royaume, qui ne l’autorisait jusqu’à présent que pour les femmes âgées de plus de 45 ans, et seulement dans le cadre de voyages de groupe et avec une lettre de consentement signée par leur époux, fils ou frère et notariée. Depuis plusieurs années, les conditions s’étaient progressivement assouplies pour les femmes désirant effectuer leur pèlerinage, et des Saoudiennes ont déjà pu se rendre à La Mecque en 2021 sans chaperon.

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Ce bouleversement divise d’ailleurs la communauté musulmane, certains opposant la décision de l’État saoudien à celle des oulémas. « La politique saoudienne est une chose et l’aspect religieux en matière de pèlerinage en est une autre », explique une internaute sur un groupe Facebook dédié aux conseils sur le hajj. « Demandez conseil à un guide ou savant religieux islamique », recommande-t-elle à une autre utilisatrice. « Ce qui est illicite est illicite, on ne peut pas le rendre licite par intérêts financiers », s’insurge un autre internaute. Le rôle du gouvernement saoudien et du prince héritier est régulièrement pointé du doigt par les critiques.