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Cet article est issu du dossier «Rwanda : l'âge de raison»

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Culture

Les gorilles, trésors nationaux du Rwanda

Dix-neuf gorilles sont nés au Rwanda en 2011.

Dix-neuf gorilles sont nés au Rwanda en 2011. © AFP

Symbole national et attraction très lucrative, le gorille fait l’objet d’une attention redoublée de la part des autorités rwandaises. Tout comme, plus généralement, les trois parcs nationaux.

« Gukunda a accouché cette nuit. Le bébé va bien. Elle aussi, elle n’a pas besoin d’aide. » Des appels comme celui-ci, l’Office rwandais du développement (Rwanda Development Board, RDB) en reçoit à chaque naissance de gorille des montagnes dans le parc national des Volcans (Nord). C’est – entre autres – la mission des quelque 90 pisteurs employés pour suivre, en permanence, ces primates présents sur le territoire ­rwandais. Parfois, il s’agit d’appeler un vétérinaire lorsqu’un membre d’une des dix « familles » s’est blessé (souvent après une bagarre entre congénères). Plus souvent, les pisteurs indiquent aux guides le chemin à suivre pour amener leur groupe de huit touristes (c’est le maximum autorisé) à proximité des primates. Mais cette année, les pisteurs ont envoyé beaucoup de faire-part de naissances. Dix-neuf exactement. Et ces gorilles nouveau-nés ont eu droit à un baptême collectif, le 16 juin, lors de la cérémonie dite de Kwita Izina (« donner un nom », en kinyarwanda).

Car, et c’est une excellente nouvelle pour cette espèce menacée dont la célèbre primatologue américaine Diane Fossey a fait la renommée, les gorilles des montagnes ont repris du poil de la bête. Selon un recensement conjoint du Rwanda, de la RDC et de l’Ouganda, ils étaient 480 en 2010 dans le massif des Virunga (à cheval sur les trois pays). C’est 100 de plus qu’en 2003, soit une augmentation de plus de 26 % en huit ans. Pour obtenir la population mondiale, il suffit d’ajouter les quelque 320 gorilles du parc de Bwindi, en Ouganda, seul autre habitat de cette espèce qui ne survit pas en captivité.Tweet du président Kagamé, se réjouissant de la bonne santée de deux gorilles

Malgré la débauche de moyens pour veiller sur eux, les gorilles des montagnes restent très rentables pour le pays des Mille Collines. Car leur rendre une petite visite se paie : outre les heures de trek dans le massif le plus élevé du pays, il faut débourser quelque 750 dollars (environ 600 euros) par personne pour s’attacher les services d’un guide de l’Office rwandais du tourisme, qui détient le monopole de cette activité. Avec 60 visiteurs par jour en moyenne en 2011 (la visite était alors facturée 500 dollars) et jusqu’à 80 en saison haute, la manne est loin d’être négligeable.

"Pour que les habitants ne rejettent pas le parc"

Une grande partie de ces recettes est réinvestie pour diversifier l’offre touristique du Rwanda, avec pour ambition d’allonger la durée moyenne de séjour des voyageurs. De gros efforts sont notamment faits dans les deux autres parcs nationaux : celui de Nyungwe, près de la frontière avec le Burundi (Sud-Ouest), qui compte 13 espèces de primates, et celui de l’Akagera, connu pour sa savane, près de la Tanzanie (Est). Les éléphants, buffles et hyènes qui peuplent l’Akagera sont pour l’instant beaucoup moins prisés des touristes (qui préfèrent admirer leurs cousins kényans et tanzaniens) et aussi beaucoup plus féroces que les gorilles à l’égard de la population – il y a parfois des morts. Outre le reversement de 5 % des recettes des parcs nationaux à des projets dans les villages voisins, le RDB a récemment mis en place un fonds de compensation – abondé par 5 % supplémentaires – pour indemniser les blessés et les agriculteurs aux parcelles détruites par les animaux sauvages. Une clôture de 120 km autour de l’Akagera est également prévue. « C’est très coûteux, mais nécessaire pour que les habitants ne rejettent pas le parc », explique Rica Rwigamba, responsable du tourisme et de la conservation au RDB.

Dans la région de Musanze (anciennement Ruhengeri), au pied du massif des Virunga, la cohabitation pose moins de problèmes : les gorilles des montagnes ne s’approchent guère de la population, et les touristes qu’ils attirent ont largement contribué à dynamiser l’économie locale. Il s’agit du district avec la plus faible proportion de pauvres, après la ville de Kigali.

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Par Pierre Boisselet, envoyé spécial au Rwanda

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