Société

La privatisation partielle de l’hôpital de Lubumbashi fait polémique

La cession de la gestion de l’hôpital Janson Sendwe, dans la ville de Lubumbashi, en RDC, à une structure privée inquiète les employés et les patients peu argentés.

Mis à jour le 13 janvier 2023 à 14:37
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

La privatisation partielle de l’hôpital général Janson Sendwe, à Lubumbashi, fait craindre une course à la rentabilité au détriment des soins pour les plus pauvres. © Damien Glez

Contraints d’admettre une inévitable « santé à deux vitesses », certains pays peuvent-ils imaginer que celle-ci se déploie avantageusement dans les mêmes centres de soin ? Si les ressortissants aisés de République démocratique du Congo (RDC) ont la réputation de confier leurs écorchures aux cliniques privées, souvent étrangères, tandis que les démunis s’agglutinent dans les hôpitaux locaux aux prix accessibles, peut-on envisager que les mêmes lieux reçoivent tout le monde à des tarifs différents ? C’est la stratégie managériale que semble esquisser Onésiphore Pungwe, responsable d’une structure privée et nouveau gestionnaire de l’hôpital général Janson Sendwe de Lubumbashi

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Le 4 décembre dernier, le ministre congolais de la Santé publique a signé la cession provisoire de la gestion de ce centre, qui a la réputation d’accueillir des malades ayant peu de ressources, parfois même incapables d’honorer les factures de soins. Ni les arrangements financiers entre l’État et la société Pungwe ni la durée du partenariat n’ont été rendus publics, mais l’opinion semble déjà divisée sur l’opération. Dans la pensée populaire, « privatisation partielle » rime souvent avec l’impératif de « rentabilité » sur l’autel duquel le médecin directeur adjoint de l’hôpital, Sylvain Kongolo, n’a jamais sacrifié la vocation sociale de son établissement.

Ruissellement

« Même les plus pauvres auront leur place dans cet hôpital », assurait récemment à la presse le nouveau gestionnaire, martelant que la « reconstruction » de l’hôpital Sendwe « au standard international » et sa nouvelle capacité d’accueil – 1 200 lits contre 810 attireront les VIP, non sans un pan social : « La tarification des soins de santé sera adaptée selon les bourses de chacun. » Assistera-t-on à une démonstration in situ de la théorie du ruissellement, qui présuppose que le succès financier des uns finit par résoudre, par les dépenses de ceux-ci, les impasses pécuniaires des autres ? Les sceptiques de la société civile attendent de voir si les « riches » de Lubumbashi seront au rendez-vous et prêts à débourser pour que d’autres paient moins…

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L’autre dimension qui inquiète notamment le comité de gestion de l’établissement est le sort présumé du personnel soignant. Le nouveau gestionnaire de l’hôpital Sendwe affirme que le contrat de partenariat public-privé respecte le statut des agents de l’État, que les employés seront remis à niveau par des formations dans tous les domaines, que seuls « les médiocres » risqueront un licenciement et que les conditions de travail seront améliorées, en même temps que la qualité des services.