Politique

Six journalistes incarcérés pour une vidéo embarrassante de Salva Kiir

Près d’un mois après la diffusion de cette vidéo sur les réseaux sociaux où elle a été largement partagée, six journalistes sud-soudanais ont été arrêtés.

Mis à jour le 9 janvier 2023 à 17:11
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Une vidéo de Salva Kiir en – présumée – mauvaise posture, a valu à six journalistes de se faire arrêter au Soudan du Sud. © Damien Glez

Certaines vidéos virales sont des bombes à retardement. À la mi-décembre, de nombreux transferts WhatsApp et autres retweets de la captation d’une cérémonie officielle dont tout le monde a oublié l’enjeu, ont envahi la Toile.

Sur ces images, en complet gris, masqué mais reconnaissable à son éternel chapeau noir à larges bords, le président de la république du Soudan du Sud Salva Kiir écoute religieusement un orchestre militaire, une main sur le cœur et l’autre sur le pommeau de sa canne.

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Soudain, une tâche sombre se répand le long de sa jambe gauche, un filet liquide qui finit par constituer une flaque à ses pieds, petite mare qui attire son attention. Salva Kiir baisse alors les yeux pour constater le produit de la fuite qui commence à couler dans la direction d’un militaire au garde-à-vous… Au bout de quelques secondes, l’image est recadrée pour épargner la partie inférieure du corps présidentiel. Nul besoin d’un décryptage officiel pour penser à une fuite urinaire du chef de l’État âgé de 71 ans…

Agacement à retardement

Ce n’est que début janvier que l’agacement d’un régime irrité par cette viralité humiliante se traduit par l’interpellation de six journalistes de la télévision publique South Sudan Broadcasting Corporation (SSBC). Ils sont arrêtés par des agents des Services de la sécurité nationale, avec une étrange formulation pour toute justification, soupçonnés qu’ils sont « d’avoir eu connaissance de la diffusion d’une séquence précise auprès du public ». Leur employeur précise que la chaîne n’a pas diffusé la vidéo…

Ce 6 janvier, le Comité de protection des journalistes (CPJ) basé à New York brise l’omerta, sonne la trêve de la plaisanterie et exige la libération des individus interpellés. Car si la scène inspire de la moquerie ou de la compassion – c’est selon – pour Salva Kiir, il n’occulte pas le sérieux de la situation, à double titre.

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Primo, sans évocation formelle d’une faute professionnelle ou d’une infraction, la privation de liberté semble injustifiée, état de fait qui reflète, selon le représentant du CPJ pour l’Afrique subsaharienne Muthoko Mumo, « une tendance des forces de sécurité à recourir à la détention arbitraire lorsque des responsables estiment qu’une couverture médiatique est défavorable ». Embouchant la même trompette que le Comité, le Syndicat des journalistes du Soudan du Sud appelle également à la « fin rapide » des investigations.

Si le buzz est sérieux, c’est aussi qu’il est légitime d’exiger que les responsables politiques de premier plan dévoilent les raisons pour lesquelles ils sont physiquement incommodés, afin d’évaluer leur capacité à gouverner.