Politique

L’état de santé de l’opposant algérien Rachid Nekkaz s’aggrave

Condamné en juillet 2022 à cinq ans de prison, l’homme d’affaires franco-algérien, qui avait tenté à deux reprises de se présenter à la présidentielle, a indiqué le 3 janvier qu’il renonçait à la vie politique.

Par - à Alger
Mis à jour le 9 janvier 2023 à 16:39

Rachid Nekkaz lors d’une interview à Radio M, à Alger, le 10 mars 2021. © RYAD KRAMDI/AFP

La dégradation de l’état de santé de l’opposant et homme d’affaires Rachid Nekkaz a nécessité son transfert, dès novembre 2022, de la prison de Chlef vers l’établissement pénitentiaire d’El Harrach pour bénéficier de soins spécialisés.

Ses avocats n’en ont toutefois été informés que ces derniers jours, car un prisonnier condamné définitivement ne reçoit la visite de ses défenseurs que dans des cas exceptionnels. « C’est une dérogation difficile à obtenir », précise l’un d’eux à Jeune Afrique.

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Lors de leur dernière rencontre au parloir, Rachid Nekkaz a déclaré à ses avocats qu’il avait été examiné par un chirurgien ORL du CHU Mustapha-Bacha qui « a refusé de l’opérer au motif qu’il ne voulait pas assumer la responsabilité d’une intervention chirurgicale très compliquée, à l’issue de laquelle il pourrait rester sourd et muet ». Notre source ajoute que l’homme politique « souffre actuellement de difficultés respiratoires et d’une perte auditive complète d’une oreille, et de 50 % de la seconde ».

« Appel au boycott des urnes »

Rachid Nekkaz, 51 ans, est en outre atteint d’un problème à la prostate, d’un kyste au niveau du foie et de complications osseuses et articulaires, avaient annoncé ses avocats à l’issue de sa condamnation, le 3 juillet dernier, à 5 ans de prison et 500 000 dinars d’amende par la cour d’appel (contre une année de détention rendue en première instance) pour « incitation à un rassemblement non armé » et « appel au boycott des urnes » lors de la présidentielle avortée d’avril de 2019.

Considérablement amaigri, l’homme ne dort pratiquement pas. Son état de santé déclinant a motivé sa décision, annoncée sur sa page Facebook le 3 janvier, de renoncer « par la force des choses » à la politique pour se consacrer « exclusivement à la résolution de ses problèmes de santé, à l’écriture et à sa famille, qu’il a sacrifiée et abandonnée égoïstement aux États-Unis depuis dix ans et qu’il n’a pas revue depuis trois ans, accaparé qu’il était par l’idée de contribuer humblement à l’édification d’un État démocratique dans le pays de ses défunts parents ».

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Le fondateur du Mouvement pour la jeunesse et le changement (MJC, parti non agréé) a tenté dans un premier temps de sensibiliser le président Abdelmadjid Tebboune à sa situation en l’assurant, dans une lettre datée du 10 décembre 2022, qu’il renonçait à exercer la politique en Algérie. Une lettre envoyée, précisent ses défenseurs, après « l’annulation surprise d’une grâce présidentielle ramenant sa peine à 18 mois qu’on lui avait promise ».

Deux candidatures à la présidentielle invalidées

Né en janvier 1972 dans la ville française de Villeneuve-Saint-Georges, Nekkaz a fait fortune dans le monde des affaires grâce à la bulle internet, puis a investi dans l’immobilier en France et aux États-Unis. Il a tenté à deux reprises de se présenter à l’élection présidentielle en Algérie, mais sa candidature sera à chaque fois invalidée : en 2014 à cause d’un nombre insuffisant de parrainages et en 2019 au motif qu’il possédait, jusqu’en 2013, la nationalité française.

Il était alors resté en Algérie, sillonnant le pays pour se rapprocher des jeunes et dénoncer le système en place, porté par l’ambition tenace de devenir un jour président. Mais le durcissement de sa peine en juillet 2022 l’a contraint à abandonner ce projet, dans l’espoir sans doute d’une réduction de sa durée d’incarcération.