Défense

RDC : recherche armée désespérément

Le colonel séditieux Sultani Makenga (c.), à Bunagana, le 8 juillet 2012.

Le colonel séditieux Sultani Makenga (c.), à Bunagana, le 8 juillet 2012. © Marc Hofer/AP/Sipa

La retraite des militaires congolais face à l’avancée d’un nouveau mouvement rebelle dans le Nord-Kivu confirme encore une fois l’état préoccupant des forces de sécurité congolaises.

« Que la population reste tranquille, qu’elle fasse confiance à son armée. C’est la seule armée qu’elle a de toutes les façons. » Derrière cet appel au calme lancé le 10 juillet depuis Goma par Didier Etumba, le chef d’état-major des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), il y a comme un aveu. En effet, les Congolais n’ont que cette armée. Et c’est loin d’être une assurance-vie. En moins de trois jours, du 6 au 8 juillet, une colonne rebelle composée au grand maximum de 2 000 hommes a bousculé 4 000 militaires déployés sur une étroite bande du Nord-Kivu frontalière de l’Ouganda et du Rwanda. Le mouvement du M23, créé et commandé par un colonel séditieux depuis début mai, Sultani Makenga, a conquis une demi-douzaine de localités avant de se replier sur Bunagana. Sans coup férir.

« Après la défaite de Bunagana, le seul endroit où il y a eu véritablement des combats, il y a eu l’abandon de Rutshuru, où l’armée a plié bagage », résume un haut fonctionnaire international chargé des questions de sécurité en RDC. Pourquoi ? « La combativité supposée des FARDC s’est évanouie dès que le M23 a musclé son jeu. L’histoire tourne en rond, c’est désespérant », lance Thierry Vircoulon, le directeur d’International Crisis Group (ICG) en Afrique centrale. Le moral, la discipline et l’équipement des troupes sont en cause. Encore une fois, certains soldats s’en sont pris aux populations. Mais la plus grosse lacune concerne le commandement.

Une intégration des ex-rebelles "imposée"

« Des unités valables, formées par la Belgique et l’Afrique du Sud, étaient sur le front. Mais la coordination a fait défaut. Les échelons intermédiaires ne sont pas à la hauteur », explique notre expert, qui pointe notamment l’insuffisance en moyens de communication. « Il est difficile de faire des merveilles avec seulement des puces pour téléphone portable ! » C’est le fruit de l’Histoire dans un pays qui se reconstruit péniblement depuis une dizaine d’années. Les derniers officiers sont sortis des écoles militaires il y a vingt ans. Et cela fait seulement deux ou trois ans que les programmes de formation ont repris.

Les rebelles du M23 s'imposent face à une armée congolaises en difficulté.

L’intégration à marche forcée des anciens rebelles au sein de l’armée congolaise contribue à la démobiliser.

© AFP

Autre aspect, et pas des moindres, le « brassage » à marche forcée des ex-rebelles depuis les accords de paix de Sun City, signés en 2002. La dernière intégration au sein des FARDC, début 2009, a concerné les 4 500 hommes du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) dirigés par Bosco Ntaganda après la mise sur la touche de Laurent Nkunda. Dans la foulée, Bosco Ntaganda est catapulté général, malgré un mandat d’arrêt lancé, en 2006, par la Cour pénale internationale (voir encadré ci-dessous). Trois ans plus tard, celui que l’on appelle Terminator a pris le maquis avec un carré de fidèles, qui pour certains ont rejoint Makenga. « Parmi ceux qui sont restés au sein de l’armée, un bon nombre compose une sorte de cinquième colonne renseignant le M23 », assure un diplomate européen en poste à Kinshasa. Un proche collaborateur du président Joseph Kabila ne dément pas : « La communauté internationale nous a imposé d’intégrer des mutins et des rebelles sans formation, cela a été un coup fatal. » De fait, les grades ont été généreusement distribués à d’ex-chefs de guerre dont la principale occupation a consisté à détourner les soldes versées à la troupe. Si on ajoute à cela les commandements parallèles court-­circuitant l’état-major de Kinshasa, les alliances nouées entre officiers dans les Kivus pour contrôler les mines de cassitérite…, c’est la chronique d’un désastre annoncé.

Quatorze ans de prison pour Lubanga

La Cour pénale internationale (CPI) a prononcé son premier verdict, le 10 juillet. L’ancien chef de l’Union des patriotes congolais (UPC), Thomas Lubanga, a été condamné à quatorze ans de prison pour enrôlement d’enfants-soldats en Ituri, entre 2002 et 2003. Cette condamnation est un nouveau signal envoyé au général mutin Bosco Ntaganda, qui a fait défection en avril dernier. Il était en Ituri avec Lubanga. La CPI a émis un mandat d’arrêt contre lui en 2006. Et après l’avoir protégé dans le cadre des accords de paix avec le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) en 2009, Kinshasa se dit déterminé à l’arrêter. Cette condamnation devrait également être méditée par le colonel Sultani Makenga, le chef du nouveau mouvement rebelle M23. Lui aussi était en Ituri, lui aussi a ensuite rejoint le CNDP avant d’intégrer les FARDC, en janvier 2009. Il était même le numéro deux des opérations militaires dans le Sud-Kivu. Les ex-chefs de guerre reconvertis en militaires en RDC ont un horizon moins dégagé..

« Seuls des pourparlers régionaux peuvent offrir une issue »

Même si le M23 a la « politesse » de ne pas vouloir prendre Goma, le rapport des forces sur le terrain lui est favorable. Il contrôle la zone frontalière avec le Rwanda, le parc de la Virunga, et dispose d’appuis dans les montagnes du Masisi. Entre les deux, la route de Goma. De quoi poser ses conditions : « Le retour des réfugiés congolais qui sont au Rwanda, une bonne démocratie, et nos grades militaires qui doivent être confirmés », a rappelé Makenga. Passons sur le deuxième point, qui relève de la posture, et sur le troisième, tout aussi improbable pour des mutins qui ont été radiés par le Conseil supérieur de la défense, présidé par Joseph Kabila. Mais le retour des réfugiés est un enjeu lourd. Selon les chiffres du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), ce sont 57 000 personnes qui doivent rentrer au pays. Leur région d’origine est le Masisi, mais leurs terres ont été récupérées par d’autres groupes communautaires, notamment les Hundes. « Seuls des pourparlers régionaux peuvent offrir une issue », résume notre diplomate, pour qui il ne fait aucun doute que le Rwanda a les moyens d’agir. Selon un groupe d’experts sur la RDC qui a remis ses conclusions au Conseil de sécurité de l’ONU, le 21 juin, le voisin a apporté une assistance au M23, en hommes et en armes. Depuis, Bruxelles, New York, Paris, Washington envoient des messages à Kigali. Le 11 juillet, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, appelait les présidents Kabila et Kagamé pour leur demander de « mettre fin à la crise ». 

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